LE PILIER 1 DU PREPOC:
DIVERSIFICATION ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’ECONOMIE

Le contexte de crise socio-politique et sanitaire, avec ses effets directs sur les activités économiques et la réduction de l’espace budgétaire a mis en relief les déficits de la diversification en Haïti pour renforcer la croissance et la stabilité économiques. Dans ce contexte, le Gouvernement est amené à être plus sélectif dans les choix de politiques et ses orientations du développement. Il doit persévérer dans la stabilisation financière à court terme pour rééquilibrer le budget et consolider la situation externe, et dans le même temps préparer la relance de l’économe pour une croissance soutenue à moyen terme. Afin d’atteindre ces objectifs, il est résolu à rechercher l’efficience dans ses interventions, "faire mieux avec moins", rechercher plus la qualité que le volume des investissements dans le capital physique et humain. Dès lors, tout en restant conscient que la stabilisation et la relance pour une croissance soutenue et robuste passent par la diversification de la base productive, le Gouvernement haïtien se doit de bien cibler ses interventions pour assurer des résultats rapides et tangibles.

En traduisant ces préoccupations, le Gouvernement a choisi de structurer sa politique de diversification autour de quatre (4) "axes prioritaires" et objectifs opérationnels y relatifs, à savoir (i) le développement du secteur agricole et de l’agro-industrie ; (ii) le développement du tourisme et la valorisation des produits artisanaux et culturels ; (iii) le développement des activités de construction ; et (iv) le développement de l’économie numérique. Ainsi, à travers, le renforcement de la politique de diversification, le Gouvernement veut accroître la résilience de l’économie pour une croissance soutenue, génératrice d’emplois et permettant de lutter contre la pauvreté et toutes les formes de marginalisation économique et sociale. Il est bien entendu qu’afin que ce nouvel écosystème diversifié visé à travers les secteurs susmentionnés, puisse pleinement opérer et atteindre les résultats attendus, plusieurs freins devront être desserrés. Il s’agit notamment des freins liés (i) au cadre macroéconomique, (ii) à l’environnement des affaires, y compris le cadre légal, la tenure foncière et l’accès au crédit, et (iii) au développement des services d’infrastructures de base, y compris surtout énergétiques et routières. Ces contraintes et leurs gestions seront développées dans les chapitres qui suivront.

LES OPPORTUNITES DE L’ECONOMIE HAÏTIENNE ET ORIENTATIONS
STRATEGIQUES DE LA POLITIQUE DE DEVELOPPEMENT

Malgré les efforts et les engagements pris à travers les différents cadres stratégiques successifs, l’économie est restée très peu diversifiée. L’économie haïtienne reste dominée par trois branches d’activités qui à elles seules représentent plus des trois quarts (75.4%) du PIB. Les activités agricoles (17.5% du PIB en moyenne sur 2012-2019) sont restées la deuxième branche d’activités dominante de l’économie haïtienne après la branche commerce, restaurant et hôtel (22.6%) et devant les activités de l’industrie manufacturière (16.9%). De plus ces secteurs restent eux-mêmes concentrés autour de quelques produits, filières ou acteurs principaux. Le secteur agricole par exemple, reste dominé par des produits de base traditionnels comme le café, le cacao, la mangue, les huiles essentielles, etc. De la même manière, les secteurs manufacturiers et des services ne sont pas diversifiés et n’ont pas connu une transformation structurelle. Bien que l’agriculture emploie plus de 70% de la population active, du fait d’une très faible productivité, de l’absence d’une politique de diversification et d’exploitation du potentiel existant, sa contribution au PIB est en baisse, passant de 19.5% en 2012, à 16,5% en 2019, au profit d’une tertiarisation indue. L’absence de diversification du secteur agricole se traduit par le fait que la valeur ajoutée de l’actif agricole a chuté continuellement depuis 1990 quand elle était de plus $2,000 à environ $1,300 en 2016 et reste presque constant à ce niveau jusqu’en 2019 ($1356). Sur la même période, celle du Vietnam augmentait de $463 à $1306 ou du Sierra Léone de $932 à $1356.

L’appareil productif de ces secteurs n’ayant pas connu de transformation technique significatif nécessaire pour obtenir des gains de productivité, la production nationale reste largement sous-optimale et peu diversifiée. Ainsi l’agriculture est demeurée en grande partie traditionnelle et axée sur la production des vivriers, avec très peu de transformation en aval pour induire le développement de l’agro-industrie. Au niveau de la transformation, en dehors de l’industrie manufacturière, notamment l’industrie textile, le secteur industriel est presqu’inexistant du fait d’une industrialisation non planifiée (héritage de l’économie dite de traite d’antan), et une hypertrophie du secteur tertiaire qui cache parfois un chômage endémique réel. Le poids des activités industrielles dans le PIB est resté quasiment constant depuis les dix dernières années autour de 17%, montrant ainsi quasi-stagnation de cette branche d’activités, malgré les opportunités qu’offre la proximité avec le marché américain et celles offertes par les accords commerciaux. Au niveau du secteur de la transformation, on relève également une très faible contribution des activités de construction dont les parts sont même en baisse (de 6.2% du PIB en 2012, elles sont estimées à 4.7% en 2019). Cette baisse est inhérente à la fois au recul de l’investissement public notamment dans les infrastructures et aux contraintes de développement du secteur de l’immobilier. Au total, l’économie haïtienne reste dominée par les activités du secteur tertiaire qui représente plus de 50% du PIB. Toutefois, ce secteur reste dominé par les activités de l’informel qui sont dans des métiers à très faible valeur ajoutée et offrant des emplois précaires.

La contreperformance de l’économie Haïtienne est manifeste à travers le déficit chronique du compte courant depuis plus de quatre décennies. En effet, depuis 1973, le solde du compte courant n’a enregistré de surplus (par ailleurs légers) que trois années : en 1992 (0.3% du PIB), 1998 (0.7%), et 2005 (0.1%). A part ces trois années, le compte courant a toujours été dans le rouge, atteignant jusqu’à -8.5% du PIB en 2014. Après une amélioration sur deux années consécutives pour atteindre (-0.9%), le solde s’est à nouveau détérioré, pour atteindre -3.5% en 2019. Ceci est le résultat d’importations en progression continuelle disproportionnellement à la capacité du pays à les couvrir par la valeur des exportations. Par exemple alors que la valeur des importations était de 22.7 milliards de gourdes en 2016 et 23.3 milliards de gourdes en 2017 (en augmentation), celle des exportations n’était que de 8.9 milliards de gourdes et 6.8 milliards de gourdes, respectivement sur les mêmes années.

Difficultés de planification du développement dans un environnement naturel peu clément et instable. L’histoire générale d’Haïti est jalonnée de crises de diverses natures qui posent des défis particuliers pour la gestion économique, contraignant le pays à d’éternels recommencements en matière même de la formulation et planification de son développement. Bien avant le séisme de 2010 qui est devenu le point départ de l’histoire économique plus récente d’Haïti, le pays subissait régulièrement son lot de perturbations et chocs de diverses origines --tempêtes tropicales et cyclones successifs qui ont endommagé le capital productif, surtout dans le secteur agricole. En effet, par exemple, sur une période de seulement trois semaines --entre août et septembre 2008, Haïti a été frappée par quatre ouragans et tempêtes tropicales (Fay, Gustav, Hanna et Ike), qui ont causé des dégâts humains et matériels très lourds. Il a été enregistré : plus de 200 décès, la décapitalisation des paysans (avec la perte de près de 80% des plantations agricoles et entre 60 et 90% de leur cheptel et du petit bétail), ainsi que la destruction des infrastructures agricoles, notamment les systèmes d’irrigation.

Le relief du pays, la dégradation du couvert végétal, l’inadéquation des infrastructures ajoutent aux difficultés de gestion des chocs naturels et constituent un facteur d’aggravation de leurs conséquences socio-économiques. Avec la pression démographique sur un territoire montagneux de seulement 27.750 km², le déboisement pour l’énergie a conduit à la dégradation du couvert végétal, affaiblissant sa capacité à retenir l’eau et la terre. Ce qui conduit à l’appauvrissement des sols, d’où baisse de fertilité des terres agricoles et aggravation de la pauvreté du monde rural (43% de la population en 2019), déjà mal desservi en infrastructures physiques et sociales. En milieu urbain, les autres secteurs susceptibles de porter la croissance économique globale ne sont pas épargnés.

Un climat des affaires peu favorable et de faibles productivités sectorielles, notamment dans le secteur agricole qui ne permettent pas de mieux profiter des opportunités commerciales L’appareil productif de ces secteurs n’ayant pas connu de transformation technique significatif nécessaire pour obtenir des gains de productivité, la production nationale reste largement sous-optimale et peu diversifiée. Ainsi l’agriculture est demeurée en grande partie traditionnelle et axée sur la production des vivriers, avec très peu de transformation en aval pour induire le développement de l’agro-industrie.

Outre les contraintes d’ordre physique ci-dessus, les principales raisons de la baisse de la croissance de la productivité sont liées au climat des affaires, et Haïti est classée 133 sur 144 dans le rapport sur la compétitivité mondiale. Les facteurs expliquant le manque de compétitivité et la faible productivité de l’économie sont liés à un environnement complexe pour la célérité dans le démarrage et la conduite des activités entrepreneuriat privé. Dans l’agriculture particulièrement, la complexité du cadre réglementaire est encore plus grande les entreprises, avec des droits de propriété aléatoires en zones rurales où 60% des propriétaires terres privées n’ont pas de titre formel.

Dans ces conditions, les perspectives de transformation structurelle de l’économie haïtienne semblent limitées, et ceci pourra ralentir la marche vers l’émergence visée pour 2030. Pour beaucoup de pays, la transformation structurelle de l’économie passe par l’agriculture qui offre la voie la plus évidente et facile pour l’industrialisation. La part du secteur agricole demeure relativement élevée ; les baisses observées sont essentiellement dues à des déficits de performance du secteur et non la résultante de la dynamique de changements structurels intersectoriels de croissance.

L’effet des contraintes et le fait de n’avoir pas suffisamment exploité les opportunités ont conduit à de faibles performances au niveau des agrégats macroéconomiques. Cependant des opportunités existent et n’ont pas été suffisamment exploitées. Certaines sont naturelles, liées au fait d’être un pays tropical situé à proximité du marché Nord-Américain, ce qui donne à Haïti des débouchés potentiels pour des produits agricoles ne pouvant confronter de concurrence locale ou de contre-saison. Il s’agit notamment du café et du cacao (dont les productions ont connu de fortes chutes) et surtout des fruits tels que les mangues (en particulier la variété Francisque). Il en est de même du vaste potentiel de production halieutique faiblement exploité alors qu’Haïti, en plus de ses 1500 km de côtes, est le pays des Caraïbes jouissant le plus de ressources en eaux intérieures, après Cuba.

Jouissant d’une économie de marché avec un coût du travail relativement faible, Haïti se trouve en position privilégiée pour tirer bien meilleur profit du programme HOPE des Etats Unis d’Amérique. La proximité et les avantages spécifiques de ce programme peuvent rendre Haïti très compétitif pour le textile et l’habillement sur le marché américain, même par rapport aux exportateurs établis comme la Chine.

Le tourisme demeure un potentiel de développement largement inexploité, surtout au vu de la spécificité des valeurs historiques et culturelles uniques d’Haïti dans les caraïbes. Par ses effets entraînement sur les autres secteurs et ses apports en devises étrangères, le tourisme peut être un puissant moteur de croissance, de diversification et de décentralisation géographique des activités économiques du pays. Pour cela, Haïti devrait mettre davantage en valeur son patrimoine historique et culturel –dont certains sites déclarés patrimoine mondiale, pour attirer des visiteurs à intérêts diversifiés. Il devra aussi résoudre les contraintes liées à la capacité et la qualité des infrastructures d’accueil (encore très faible en Haïti comparativement à la République Dominicaine voisine). Ainsi le pays pourra aussi capitaliser sur le fait d’être maintenant classée par le Forum Economique Mondial. Haïti est revenue sur la carte touristique mondiale depuis 2014.

Comme résultats de la sous exploitation des opportunités, il faut relever une quasi-stagnation des revenus par tête en Haïti, alors que celui-ci a connu une très forte progression en République Dominicaine voisine partageant la même ile, comme illustre dans le graphique suivant.

Inserer image Figure 8 : Evolution comparée du PIB par tête : Haïti vs République Dominicaine (PIB par tête, en US$ contant 2010)

Les principales crises que le pays a traversées ainsi que les contreperformances de l’économie commandent de repenser l’orientation stratégique à donner à la politique de développement d’Haïti. Les analyses déjà menées dans les sections précédentes ont mis en exergue plusieurs facteurs et contraintes qui n’ont pas permis d’enregistrer des résultats probants dans le processus de développement économique et social en Haïti. Il s’agit notamment des contraintes naturelles ; de la faiblesse du capital humain ; mais surtout de choix de politiques de développement et de la constance des efforts déployés pour leur mise en œuvre. Au niveau sectoriel, il a été relevé quelques fois, l’inadéquation des choix de politiques qui n’ont pas permis d’exploiter pleinement les opportunités.

L’exercice le plus exhaustive d’orientation stratégique fut celui mené après le séisme de 2010 et qui a conduit à l’élaboration du Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH). Ce plan contient les grands choix et orientations stratégiques pour le relèvement et le développement post-séisme tout en posant les jalons pour mettre le pays sur la voie de l’émergence à l’horizon 2030. Y figure de façon proéminente, le choix en faveur du développement décentralisé à travers les pôles régionaux et locaux et du secteur privé comme acteur principal dans la création des richesses et de l’emploi. La crise actuelle du COVID-19, avec les perturbations des chaines d’approvisionnement au niveau global, offre aussi l’occasion à un pays comme Haïti de réévaluer sa politique et ses résultats en matière de support à la production locale.

L’atteinte de l’objectif de diversification et de transformation structurelle de l’économie haïtienne appelle à une politique de promotion des exportations accompagnée d’une politique de substitution à l’importation, et une meilleure priorisation des actions dans le développement sectoriel. Au vu des résultats très faibles au niveau des grands agrégats y compris une croissance du PIB qui n’atteint pas celle de la population, un déficit chronique de la balance des paiements, et la structure de la demande interne, l’on pourrait se poser la question fondamentale du type de production à privilégier. Dans le cas d’Haïti, il est possible de mener à la fois la promotion des exportations et un support (ciblé) de la production locale de substitution à l’importation. Cependant, compte tenu des marges financières réduites de l’Etat, il est souhaitable de bien prioriser les actions à mener pour soutenir le développement sectoriel.

La promotion des exportations : Elle nécessitera une sélectivité des produits d’exportation à promouvoir et la diversification de leurs marchés tout en optimisant les avantages et programmes préférentiels dont jouit le pays. Etant donné que des principales cultures d’exportation traditionnelles (d’antan), il ne reste que très peu, et que celles-ci sont en quantités très faibles, la promotion des exportations doit maintenant viser les marchés de niche. Ce type de marchés recèle de fortes potentialités pour accroitre les recettes d’exportation, par les labels bio, origine unique, traçabilité et certification. Pour ces produits de faibles quantités (café et cacao par exemple), des partenariats d’intégration verticale producteur haïtien-manufacturier extérieur peuvent offrir aussi des perspectives accroître la part locale de la chaîne de valeur globale. Il en est de même pour les cultures à très fort potentiel de valeur ajoutée telles que les huiles essentielles, surtout le vétiver dont Haïti en est le premier pays exportateur mondial et qui pourrait bénéficier d’un appui promotionnel plus consistent et structuré.

La substitution aux importations : Les importations des produits alimentaires tels que le riz et autres produits agricoles surtout en provenance de la République Dominicaine voisine pèsent lourdement sur la balance commerciale d’Haïti. Dans le cas du riz, le pays n’importait pas cette denrée alimentaire jusqu’au début des années 1970s. Avec la production locale progressant faiblement ou stagnant, et les habitudes alimentaires changeant, les importations sont passées de 18.000 tonnes en 1978 à 491.000 tonnes en 2018 et à 500.000 en 2019. Sur la même période, la production locale passait de 113.000 tonnes et n’atteignait que 183.000 tonnes (paddy) en 2018. Sans viser une autosuffisance alimentaire qui peut s’avérer couteuse et avoir des retombées négatives sur le bien-être social côté haïtien (le pays étant très largement consommateur net), il faudra examiner objectivement lesquelles des cultures pourraient faire l’objet d’un support à la production en substitution aux importations. Le coût de la main d’œuvre est certes favorable en Haïti, mais il y a ceux liés aux transports et logistiques divers qui ne le sont pas.

Focaliser les efforts sur des filières ou des secteurs porteurs de croissance pour tirer les secteurs à un rythme soutenu et contant : « approche de l’envol des oies sauvage » : L’étroitesse de la base de production et sa forte concentration sur un nombre très limité de secteurs plaident suffisamment en faveur de la diversification de l’appareil productif. La diversification réduirait la vulnérabilité et augmenterait la résilience de l’économie haïtienne face aux chocs de toute nature et origine. Le Plan Stratégie de Développement d’Haïti en avait fait un élément majeur du chantier de la refondation économique ; il prévoyait la mise en œuvre de programmes non seulement pour la modernisation et dynamisation de l’agriculture et de l’élevage, mais aussi de l’agro-industrie, de la construction, et du tourisme notamment. Ces derniers sont aussi les secteurs prioritaires pour la diversification/transformation économique en vue de l’accélération de la croissance dans le cadre du PREPOC. Avec l’économie numérique, ils seront les piliers sur lesquels reposeront la stabilisation du cadre macroéconomique et financière ainsi que les jalons pour la voie vers l’émergence à l’horizon 2030. Il n’y a aucun doute qu’un support aux secteurs identifiés par le PREPOC changera le cap vers une croissance reposant sur un socle plus solide et diversifié. Pour sa contribution en matière de réduction de la pauvreté à grande échelle ainsi que par ses effets multiplicateurs, l’agriculture devra bénéficier d’un support en cohérence avec ses contributions directes et indirectes. Pour beaucoup de pays, l’agriculture offre la voie la plus évidente et accessible pour la transformation structurelle de l’économie, attendue comme changement dans la composition relative du PIB et la complexité. Une agriculture performante induira le développement des secteurs en aval au point de diminuer sa part relative dans le PIB. Pour pleinement jouer ce rôle, l’agriculture elle-même devra subir une transformation, passant de son type traditionnel et de subsistance à un type d’exploitation de haute productivité, moderne et utilisant des technologies de pointe y compris celles de l’économie numérique. Toutefois, ces secteurs (Agriculture et Agro-industrie, tourisme et promotion de l’artisanat et des produits culturels, construction, économie numérique), restent larges. Aussi, des stratégies et actions bien ciblées sur les filières et clusters porteurs de croissance et capables d’avoir des effets d’entraînement sur l’ensemble des autres activités doivent être identifiées afin de permettre de s’y concentrer.

Encadré 8 : Les gains potentiels de la diversification économique pour Haïti
Ce qu’enseignent les études empiriques et les expériences pays

  • 1. La théorie économique et les études empiriques indiquent que la relation entre la diversification et la croissance économique n’est pas "linéaire", mais dépend du stade de développement des pays – Pays les moins avancés (PMA), pays à revenu intermédiaire (PRI) et pays avancés (PA). La théorie conventionnelle du commerce montre qu’il y a d’importants bénéfices dans la spécialisation économique fondée sur les avantages comparatifs, donc sur les dotations en ressources naturelles pour les PMA. Toutefois, à mesure qu’un pays intensifie les échanges, il connaît une croissance rapide du revenu par tête, qui va de pair avec la diversification accrue dans sa structure de production, dans ses exportations, et dans ses sources de revenus et de création d’emplois. Cette corrélation étroite tient jusqu’à ce que le pays atteigne un certain niveau du revenu par tête (Imbs et Wacziarg, 2003).
  • 2. Plus qu’une simple "association", les études empiriques indiquent que pour l’ensemble des PMA, la diversification de la production intérieure et des exportations favorise une croissance économique plus rapide et moins volatile. Encore récemment, Papageorgiou et Spatafora (2012) et le FMI (2011) ont confirmé ces relations. Un large corps de travaux empiriques, dont des études en coupes instantanées et les études de cas, confirme que la hausse de revenu par tête, la production, les exportations et les partenaires commerciaux d’un pays changent significativement avec son degré de diversification.
  • 3. La littérature économique récente montre aussi que des niveaux plus élevés de revenu par tête sont d’abord associés à la diversification, puis à la re-concentration de la production, de l’emploi et des exportations lors des phases subséquentes. Selon Cadot et al. (2011), “Ce schéma… est une caractéristique du processus de développement économique”. Cette nonlinéarité du processus de diversification suggère qu’il est important d’aborder les problèmes de diversification de façon différente pour les PMA, les PRI et les pays avancés.
  • 4. On note aussi que la diversification de la structure de production réduit la volatilité dans la production et le commerce, conduisant ainsi à une plus grande stabilité macroéconomique. Toutefois, la ‘durabilité’ de cette stabilité dépend aussi de la profondeur de la diversification. On peut distinguer en cela deux stades. Une première – la diversification horizontale – consiste à diversifier en production et en exportations, mais pour des produits de même nature (primaire notamment). Par exemple, nombre de pays Africains tels que le Kenya, le Cameroun, la Cote d’Ivoire, le Ghana et la Tanzanie ont su atteindre un haut degré de diversification dans les produits et les exportations agricoles (café, cacao, palmier, hévéas, anacardes, coton, fleurs, etc.). Il s’agit d’extension de la gamme de produits primaires, sans nécessairement dépasser le stade de la première transformation. Le Nigéria est déjà à un niveau supérieur dans ce processus. On note que cette diversification ‘horizontale’ conduit à une croissance accélérée, mais qui demeure aussi fragile et instable à cause de la variance des prix des produits primaires, mais aussi à cause de la forte covariance entre ces prix. Toutefois, à mesure que la diversification s’approfondit (diversification verticale), elle s’accompagne d’une forte densification du tissu économique et d’une croissance accélérée de l’industrie. Cette transformation structurelle conduit à une croissance moins volatile et plus soutenue, et donc à une plus forte stabilité macroéconomique.
  • 5. Mc. Milan et Rodrik (2011) et Monga et Lin (2012) ont montré que cette transformation structurelle vers l’industrie manufacturière correspond aussi à une réallocation dynamique des ressources des secteurs moins productifs vers les secteurs plus productifs. Il s’agit donc d’une transformation qualitative du tissu économique, qui s’accompagne d’une amélioration de la productivité des facteurs, et donc aussi des rémunérations, conduisant à une croissance plus distributive. Des exemples historiques comprennent les Tigres du Sud Est Asiatiques des années 70 et 80, qui ont réussi à transformer leurs économies agricoles en économies manufacturières, plus productives et qui ont pu conduire au plein employ.
  • 6. Ces considérations sont particulièrement pertinentes pour Haïti. Il a beaucoup à gagner dans la diversification même ‘horizontale’ dans le secteur agricole, le tourisme et les activités de construction. Il peut gagner davantage en croissance soutenue et en stabilité macroéconomique dans une diversification plus verticale, c’est-à-dire à travers l’industrialisation.
Ce qu’Haïti gagne de la diversification : la stabilité macroéconomique
  • 7. Les analyses des deux sections précédentes indiquent que la diversification sera favorable à la stabilité macroéconomique et donc à une croissance soutenue de l’économie. Plus particulièrement, la diversification pourra (i) accélérer la croissance et en réduire la volatilité, (ii) renforcer la position externe de Haïti et améliorer la balance commerciale et juguler la dépréciation de la monnaie nationale, et (iii) renforcer les finances publiques et accroître l’espace fiscal en faveur des dépenses de développement.
  • 8. Accélération de la croissance et réduction de sa volatilité. L’analyse de la situation a relevé que l’économie haïtienne a une base productive réduite, concentrée autour de trois branches d’activités et les exportations sont dominées par les produits textiles et certains produits agricoles destinés exclusivement aux Etats-Unis. De plus, la faible productivité du secteur agricole est source de la facture élevée d’importations de produits alimentaires en provenance notamment de la République Dominicaine. Ces éléments constituent les principaux facteurs de l’instabilité macroéconomique et de la faiblesse de la croissance. Cette instabilité se répercute dans l’ensemble de l’économie à travers plusieurs canaux de transmission, notamment l’accélération de l’inflation, la dépréciation de la Gourde haïtienne et la paupérisation des populations. La relance de la production agricole, notamment de celle de la production vivrière pour réduire les importations, combinée au développement du tourisme qui favoriserait l’entrée de devises et le développement du secteur de la construction pour améliorer l’accès au logement contribuerait à atténuer les effets pervers de l’instabilité macroéconomique.
  • 9. Indirectement aussi, une relance de la croissance économique va générer plus de revenus pour l’Etat, ce qui lui permettrait de mieux répondre aux besoins sociaux immédiats des populations (éducation, santé, eau et électricité) mais également de consacrer des moyens plus importants dans la construction des fondamentaux de la croissance économique soutenue (amélioration des services infrastructures et de la compétitivité globale de l’économie). Ainsi, le secteur des BTP qui sont particulièrement dépendants des grands travaux d’investissement public, et ayant des effets d’entraînement importants dans l’économie enregistrerait une croissance rapide. Il en va également du PIB non-marchand. La diversification renforcée stabiliserait donc la croissance dans ces domaines, et de ce fait celle de l’ensemble du PIB.
  • 10. Renforcement de la position externe et des finances publiques. Les développements précédents indiquent que la diversification de la production pourra fortement réduire les importations, notamment celles des produits vivriers, éventuellement relever le niveau des exportations. Cela contribuerait ainsi à renforcer l’équilibre de la balance des paiements, accroître le niveau des réserves, et renforcer la stabilité du taux de change. De même, la diversification accrue permettra d’accroître les recettes fiscales, qui constituent une source plus stable et plus prévisible de financement des dépenses publiques. Comme conséquence, le budget de l’Etat serait progressivement rééquilibré et les besoins d’endettement réduits.
  • 11. Au total, la diversification serait bien salutaire en Haïti, lui permettant de stabiliser et de soutenir la croissance, d’équilibrer sa balance des paiements et de consolider ses finances publiques. En somme, la diversification permettrait de renforcer la stabilité macroéconomique, qui est à son tour indispensable à la poursuite résolue de la transformation économique et du développement soutenu, inclusif et durable.
Ce qu’Haïti gagne de la diversification : le développement social

Les développements précédents ont mis en exergue les gains pour Haïti au niveau des recettes de l’Etat. Cela a deux conséquences. La première est la capacité de l’Etat à assurer la provision régulière des services essentiels en quantité et en qualité, notamment les services d’infrastructures et les services sociaux – éducation, santé, protection sociale, habitat et assainissement. La seconde est la capacité de l’Etat à investir directement dans le développement social, la réduction de la pauvreté, l’inclusion et la protection des populations.

Les services d’infrastructures. Les analyses ont relevé qu’Haïti a des besoins importants au niveau des infrastructures socio-économiques et énergétique, et cela constitue des facteurs bloquant pour le développement des secteurs. Aussi, un accroissement des marges budgétaires de l’état permettra d’accroître les investissements dans ce domaine.

Les services sociaux. Tout comme les services d’infrastructure, l’offre et la qualité des services sociaux – éducation de base, santé, protection sociale, habitat, etc. – sont aussi sérieusement affectées par les fluctuations des recettes de l’Etat. En procurant des recettes plus stables, la diversification permettrait à l’Etat de développer les services sociaux de façon soutenue et à la mesure des besoins des populations.

La lutte contre la pauvreté. L’instabilité macroéconomique et la faiblesse de la croissance et donc des ressources de l’Etat affectent la lutte contre la pauvreté à travers deux canaux distincts. Le premier canal est celui du revenu par tête, sa croissance et sa distribution. En cela, les analyses des évolutions macroéconomiques récentes en Haïti révèlent une baisse continue du revenu par tête réel aggravant ainsi la pauvreté qui frappe déjà durement une frange importante de la population. On peut déduire de cela que la diversification approfondie devrait aussi accélérer la réduction de la pauvreté grâce à une croissance plus forte et plus soutenue dans le temps, et aussi à une moindre concentration dans la distribution des revenus. Car, comme l’indique l’expérience des pays émergents, la distribution des revenus dans une économie diversifiée, et donc plus génératrice d’emplois, est bien plus égalitaire que dans une économie caractérisée par des enclaves et de nombreuses poches de marginalisation.

Le second canal est celui des dépenses publiques et les capacités de l’Etat à financer ses programmes de réduction de la pauvreté, de développement social et d’inclusion de façon soutenue. Avec des moyens fortement fluctuants, il est difficile à l’Etat de financer son « pacte social » de façon soutenue. La diversification accrue lui assurerait des ressources plus stables et plus prévisibles, lui permettant de soutenir son programme de réduction de la pauvreté et de développement social, ce qui conduirait aussi à la consolidation des acquis et donc à des avancées significatives au fil du temps dans la lutte contre la pauvreté et les précarités.

En résumé, l’intensification de la diversification sera favorable au développement accéléré, soutenu et inclusif en Haïti. Elle permettra de renforcer la stabilité macroéconomique qui est indispensable au progrès sur tous les autres fronts. Elle permettra aussi de renforcer la fourniture et la qualité des services essentiels, y compris les services productifs et les services sociaux, grâce à des ressources budgétaires plus stables et plus prévisibles. Elle permettra enfin à Haïti de soutenir et d’intensifier son programme de lutte contre la pauvreté et les autres formes de précarité économique et sociale.

La diversification économique demeure un défi pour la plupart des pays en développement et est un élément important de développement pour les pays à très faible revenu ainsi que les petits pays, enclavés et ou dépendant fortement des matières premières de base. Pour de tels pays, la diversification économique est intrinsèquement liée à la transformation structurelle des économies et de la réalisation des niveaux élevés de productivité provenant de la mobilité des ressources économiques à l’intérieur et entre les secteurs économiques. On distingue généralement deux composantes de la diversification : (i) la diversification du commerce (c’est-à-dire exporter de nouveaux produits ou des produits de meilleure qualité ou exporter vers de nouveaux marchés ; et (ii) la diversification de la production nationale (c’est-à-dire rééquilibrage intersectorielle de la production domestique, par une réallocation des ressources entre industries et, à l’intérieur des industries entre entreprises pour augmenter la productivité totale des facteurs,

Haïti peut réaliser une diversification et une transformation rapides de son économie en développant des stratégies reposant sur les éléments suivants : (i) l’offre des cadres d’incitation appropriés ; (ii) des investissements et des réformes de politique économique visant à réduire les coûts commerciaux ; (iii) des politiques efficaces pour soutenir l’ajustement et la réallocation des ressources vers de nouvelles activités ; et (v) des interventions publiques dirigées vers la régulation de situations spécifiques d’échecs du marché, des politiques et des institutions. Le soutien des partenaires au développement devrait renforcer les efforts d’Haïti et ainsi l’efficacité de la stratégie.

Bien que des opportunités réelles existent, le Gouvernement doit déployer des efforts continus et soutenus pour créer les conditions favorables au développement des secteurs moteurs et de croissance afin d’enregistrer une transformation structurelle de l’économie
. Il faut remarquer que mener simultanément la planification de long terme et la gestion à court terme de stabilisation de l’économie, souvent dans un contexte d’urgence de crise sociale, n’est pas aisé. A la complexité et multiplicité des plans avec des horizons différents s’ajoute la nécessaire coordination des acteurs, y compris internationaux et non-gouvernementaux. Mener à bien ces plans dans ces conditions requiert une appropriation par tous les acteurs nationaux à tous les niveaux de la chaîne de mise en œuvre et une bonne coordination à un haut niveau d’autorité. L’on sait comment il est souvent difficile pour les acteurs étatiques de coordonner les activités de certains PTF internationaux, surtout les NGO sur le terrain. Il faudra aussi s’assurer d’une stabilité au niveau de certaines fonctions clés. Car tout changement vient avec, dans le meilleur des cas, des périodes d’adaptation plus ou moins longues pour le suivi de la mise en œuvre des plans ; dans le pire des cas, avec un changement aussi au niveau de la vision. C’est pourquoi, pour atteindre l’objectif de transformation structurelle de l’économie haïtienne, le Gouvernement devra déployer des efforts continus et soutenus et travailler en synergie avec le secteur privé pour favoriser le développement des secteurs moteurs et de croissance. Pour cela, un cadre d’échanges permanent et de partenariat public-privé est nécessaire. Un tel outil de mise en œuvre est d’autant plus nécessaire pour servir de cadre de suivi de la mise en œuvre des actions identifiées, le traitement rapides des contraintes et le suivi de l’atteinte des résultats du plan. C’est ce qui donnerait plus de chance de réussite au PREPOC et jeter les bases de la diversification pour une transformation structurelle de l’économie haïtienne.

Une approche opérationnelle pour un développement rapide des secteurs et une diversification de l’économie est celle des pôles de croissance. L’approche consiste en des investissements groupés dans des secteurs diverses afin de réaliser des économies en jouant sur les synergies entre industries et bénéficiant des infrastructures et services de soutien communs. Cette approche est de plus en plus adoptée ces dernières décennies en Afrique dans le domaine agricole, avec les agropoles et couloirs de croissance, à l’image de certains pays de l’Asie de l’Est.

En Haïti, ces pôles pourraient être bâtis à partir des zones franches existants et être choisis parmi ceux identifiés dans le PSDH. Un pôle de croissance de ce type à partir de la plus ancienne des zones franches, CODEVI, à Ouanaminthe serait idéal en cela qu’elle pourrait contribuer au développement touristique, avec sa proximité des sites historiques haïtiens, d’un aéroport international, et des infrastructures plus développées du côté de la République Dominicaine.

A travers les différents cadres stratégiques de développement adoptés pour conduire ces programmes de développement, le Gouvernement n’a cessé de placer la diversification de l’économie au cœur de sa stratégie de croissance accélérée et de développement durable. Comme indication, le PSDH entre autres s’est longuement étendu sur les stratégies sectorielles de diversification. Toutefois, les analyses ci-dessous, ont révélé que très peu de résultats ont été enregistrés. La base productive demeure très réduite et les exportations concentrées au tour de quelques produits destinés essentiellement au marché américain.

Privilégier une approche intégrée par "grappes" ("clusters"). Dans le cadre du PREPOC, à l’instar du Kazakhstan ou comme dans le cadre du PND 2012-2016 de la République du Congo, l’approche opérationnelle de conduite de la politique de diversification proposée veut se démarquer de l’approche traditionnelle de développement par filières isolées. La démarche propose une approche intégrée par "grappes" ("clusters"). Dans cette approche, les stratégies sont conjuguées pour promouvoir des sous-secteurs désignés en tenant compte des possibilités et des prérequis en amont, au cœur et en aval de ces sous-secteurs. Ainsi, les "grappes" qui seront ainsi identifiées comme vecteurs de diversification au niveau de (i) l’agriculture et la chaîne agro-alimentaire ; (ii) du tourisme et la valorisation des produits artisanaux et culturels ; (iii) de la construction ; et (iv) de l’économie numérique, seront ces celles susceptibles d’avoir des effets d’entraînement importants pour le secteur et surtout d’engendrer des changements substantiellement sur la production sectorielle au regard des conditions existantes et des scores enregistrées des analyses basées sur les critères prédéfinis.

La diversification/ transformation économique doit aller au-delà de la simple expression de sa vision ; elle doit être mise en pratique, entretenue et pérennisée. La refondation économique prônée par le PSDH, avec son corollaire de transformation structurelle de l’appareil productif du pays, depuis 2013 n’a pas encore donné les résultats escomptés en la matière, ceci en partie du fait de ne l’avoir pas « institutionnalisée ». Lorsque l’Ethiopie a vu toute l’importance de la transformation de l’agriculture comme moteur et accélérateur de la croissance économique du pays, une agence spécifiquement dédiée à la gestion de cette vision stratégique capitale été créée –voir Encadré sur la genèse de l’Agricultural Transformation Agency (ATA) en 2009. Cette Agence joue le rôle de Secrétariat d’un Conseil de transformation agricole présidé par le Premier Ministre. La performance du secteur agricole, à en juger par le niveau et la variance du taux de croissance de la valeur ajoutée avant et après 2009 est remarquable (sans vouloir forcément tout attribuer à ATA), comme le montre le graphique de l’Encadré

S’inspirant de cet exemple (et de bien d’autres) l’on pourrait concevoir une entité semblable à l’ATA, adaptée au contexte haïtien (secrétariat d’état, agence, ou autorité) dédiée à la Diversification et Transformation Economique dont la mission et le souci permanent seraient de s’assurer et faire jouer les synergies entre les différents secteurs DEAC. Cette entité évaluerait les résultats de la diversification et les sources de croissance accélérée, distinguant la part due au fait des secteurs DEAC agissant en « silo » de celle en synergie - la dernière devant être privilégiée car étant plus gage de résilience économique et sociale.

Encadré 9 : Stratégie de développement de l’Agriculture en Ethiopie, quelles leçons pour Haïti

    1. L’Éthiopie est un pays enclavé, écologiquement diversifié, et au peuplement multiethnique, couvrant une superficie de 1,1 million de kilomètres carrés pour 99 millions d’habitants, et une croissance démographique de 2,5 % par an (DAES). Le pays s’étend sur une grande partie de la Corne de l’Afrique, une zone exposée à la sécheresse et fréquemment affectée par la crise alimentaire. Ces handicaps ont constitué pendant longtemps des défis majeurs pour le développement de l’agriculture, et la situation économique du pays s’en ressentait. L’agriculture est le fondement de l’économie éthiopienne. Elle contribuait à environ 46% du PIB en 2009 et employait plus de 80% de la population.
  • 2. En 2009, l’Ethiopie était à la dernière année de son plan quinquennal pour un Développement Accéléré et Durable pour mettre fin à la Pauvreté (PASDEP) et a commencé à concevoir son prochain plan quinquennal – le premier plan de croissance et de transformation (PGT). Elle avait également entamé une période de croissance rapide avec des gains importants dans son secteur agricole. Au milieu de ces développements, feu le Premier ministre Meles a eu une rencontre fortuite avec Melinda Gates, coprésidente de la Fondation Bill & Melinda Gates, où il a demandé le soutien de la fondation pour identifier une manière novatrice de catalyser non seulement la croissance, mais aussi la transformation du secteur agricole éthiopien.
  • 3. Cela a commencé par un voyage de près de deux ans, où la Fondation Gates a facilité un processus dirigé par le ministère de l’Agriculture qui développait huit diagnostics différents et une série de recommandations. Les conclusions sommaires ont identifié deux défis pour transformer le secteur agricole éthiopien :

    ▪ Approche des changements sectoriels – De nombreux projets et programmes se sont concentrés sur certains aspects du secteur, ce qui a mené à des interventions déconnectées qui ne parviennent pas à s’attaquer aux causes profondes d’une faible productivité agricole. En tant que telles, de nombreuses initiatives n’atteignent pas la cohésion et l’intégration nécessaires au succès à grande échelle. De plus, les programmes individuels ne sont souvent pas adaptés aux conditions locales dans différentes régions.

    ▪ Manque de capacité de mise en œuvre – De nombreuses initiatives à grande échelle manquent de personnel ayant les mentalités ou les compétences appropriées tant au niveau fédéral qu’au niveau régional. Même les projets bien conçus et dotés de ressources suffisantes ne parviennent souvent pas à atteindre tous leurs objectifs en raison de l’absence d’une gestion de projet solide et d’une mise en œuvre systématique.
  • 4. En outre, cette étude a identifié l’apprentissage d’autres initiatives de croissance et de transformation rapides dans le monde et dans d’autres secteurs en Ethiopie. La clé de ces efforts a été la mise en place d’une Unité dédiée avec une gestion solide et le soutien des principaux dirigeants du gouvernement qui a amené un effort réussi de changement transformateur et durable dans un domaine de programme ciblé.
  • 5. Sur la base de ces recommandations, le Conseil des Ministres éthiopien a adopté en décembre 2010, le règlement 198/2010 qui a créé l’Agence de Transformation Agricole (ATA) en tant que Secrétariat d’un Conseil de Transformation Agricole présidé par le Premier Ministre.
  • 6. Les efforts consentis et la mise en œuvre en rigoureuse de sa stratégie de développement ont permis d’enregistrer d’importants résultats. Entre 2000 et 2011, l’Éthiopie a enregistré une croissance du PIB de 8%, une croissance de l’agriculture de 6%, une augmentation de la production céréalière, un taux d’inégalités faible et stable, ainsi qu’une diminution de la pauvreté, en dépit de ces handicaps structurels. L’un des facteurs essentiels du succès de l’Éthiopie a été l’adoption d’une stratégie d’industrialisation fondée sur le développement agricole (Agricultural Development-Led Industrialization – ADLI), qui, comme l’ont avancé Ranis et Fei (1963), considère que les investissements dans l’agriculture et l’accroissement des rendements de la terre sont des conditions préalables à la réussite de l’industrialisation, de l’urbanisation et du développement. En effet, l’investissement dans l’agriculture a plusieurs retombées : l’amélioration de l’autosuffisance alimentaire, la réduction des prix alimentaires avec pour conséquence la baisse des salaires de l’industrie, l’augmentation des revenus ruraux et de la demande de biens manufacturés, la fourniture de matières premières à l’industrie et l’amélioration de la balance des paiements. Par ailleurs, dans des pays tels que l’Éthiopie, caractérisés par une distribution égalitaire de la terre, l’investissement agricole a des effets redistributifs favorables. Afin de consolider les acquis et accélérer les gains sociaux, dans une phase ultérieure, l’ADLI a été incorporée dans le Programme de développement durable et de réduction de la pauvreté (SDPRP) du pays, qui englobaient également des programmes à long terme notamment dans les secteurs de la santé, l’éducation, la construction routière.


  • Quelles leçons pour Haïti :

    7. Les résultats en Ethiopie ont été obtenus par la mise en œuvre de la stratégie ADLI (Agricultural Development-Led Industrialization) et d’autres plans sectoriels. La stratégie ADLI a encouragé la modernisation de l’agriculture à travers des services de mobilisation étatiques et privés, l’ouverture de marchés agricoles au secteur privé et des investissements dans l’infrastructure.
  • 8. L'Éthiopie offre ainsi des enseignements utiles aux autres pays en développement confrontés aux problèmes d'insuffisance en matière de productivité agricole, de forte croissance démographique et de faiblesse des institutions chargées de la redistribution des richesses. Il s’agit notamment de la mise en œuvre d’une stratégie d’industrialisation tirée par le développement agricole qui a permis de moderniser l'agriculture, d'ouvrir les marchés agricoles et d'investir dans les infrastructures, ce qui a largement contribué au succès du pays. Afin de favoriser l’inclusion de toutes les couches sociales et le partage de la prospérité, le modèle de transformation structurelle doit intégrer des activités à forte intensité de main-d’œuvre et à faible intensité de qualifications qui ont toutefois un impact modeste sur les inégalités. Les éléments d’observation montrent que les inégalités rurales dépendent des différences dans l’accès à la terre et à l’irrigation, la taille des exploitations et la part des terres utilisées pour les cultures extensives. Par ailleurs, des politiques et mesures d’accompagnement doivent être également mise en œuvre, portant sur le déclin accéléré des taux de fécondité, la réforme des contrats de bail agricoles et l'expansion des activités rurales non agricoles, dont l'industrie manufacturière.

LE SECTEUR AGRICOLE ET L’AGRO-INDUSTRIE

Les défis du secteur sont nombreux mais pas insurmontables. Au nombre de ceux-ci et en dehors de ceux dû à l’environnement naturel, il faut citer : l’enclavement des zones de production, l’absence d’un cadre incitatif pour le business agricole, et la dynamique démographique en monde rurale.

L’enclavement des zones de production est principalement le résultat d’une desserte en infrastructure routière faible aussi bien en quantité qu’en qualité. Il fait non seulement perdre des opportunités de production mais aussi augmente les pertes post-récolte. A ce niveau, il faut noter deux difficultés. Premièrement, le réseau national dans son ensemble (comme il sera analysé dans le chapitre sur les Infrastructures) est très insuffisant par rapport aux besoins du pays et, avec seulement trois kilomètres de route pour 10.000 habitants, en comparaison aux autres pays en situation similaire à celle d’Haïti. Deuxièmement, il y a toute la problématique des pistes rurales. Considérées comme un levier de réussite de programmes d’investissement en milieu rural, plusieurs de ces pistes sont conçues et réalisées dans le cadre des activités des composantes ou sous-composantes de projets. Se pose alors le problème de leur pérennité à la fin du projet, sans compter celui des standards de construction et de la connexion de pistes au réseau national.

L’absence d’un cadre légal et autre support régalien nécessaires en incitatif pour le business agricole pose aussi des problèmes, à commencer par celui de l’insécurité foncière. Sans la garantie que les exploitants ne se verront pas dépossédés de leurs parcelles, aucun investissement conséquent ne peut être sûr. Cette garantie implique pour l’Etat de délivrer aux demandeurs, dans les délais requis, des titres de propriété sûrs et irrévocables ; elle implique aussi de sécuriser la jouissance du titre aux détenteurs par la démonstration d’une réalité d’état de droit (ou contre la perception de son absence) qui rassure contre d’éventuelles décisions arbitraires de dépossession. De tels titres fonciers pourraient augmenter les chances d’obtention de crédit là où le crédit rural/agricole est déjà jugé trop risqué par l’institution prêteuse –si elle existe pour le milieu rural. En dehors d’un cadre légal incitatif, il faut noter l’insuffisance ou absence de support pour la promotion du label haïtien sur les marchés extérieurs notamment ; il en va de même pour une meilleur connaissance et vulgarisation des normes et/ou règlements phytosanitaires. A défaut de cela, l'accès des produits haïtiens à certains marchés sera difficile ou ils subiront une décote, justifiée ou indue.

La dynamique démographique en monde rurale a aussi créé des handicaps à l’évolution de la production agricole, à travers la raréfaction de la main d’œuvre et le morcellement des parcelles. Aujourd’hui un peu moins de la moitié de la population haïtienne vit en milieu rural (43.8% en 2019) contre 64.2% en 2000 ; ce qui veut dire une urbanisation encore relativement faible comparativement à d’autres pays en développement. Dans le cas d’Haïti, il faut noter tout de même que l’exode rural s’accentue de manière relativement non soutenable pour la production agricole. Sans minimiser l’impact du régime de succession, il faut noter également que le morcellement des parcelles cultivables est une preuve qu’il n’y a pas assez de terres relativement à la demande potentielle. Ce morcellement a donné comme résultat une superficie moyenne des exploitations de moins d’un hectare. Une moyenne pareille ne favorise pas une mécanisation optimale des activités agricoles, le taux de mécanisation étant déjà très bas, avec moins de deux tracteurs pour 100 km2 de terre arable en 1998, en diminution d’un tracteur environ dix ans plus tôt.

Le développement du secteur agricole pour en faire l’un des moteurs de la croissance de l’économie et un levier de la transformation structurelle a toujours été l’une des préoccupations majeures des Gouvernements en Haïti. Toutefois, les résultats enregistrés ont souvent été en deçà des espérances. Comme l’ont montré les analyses dans les sections précédentes, les principales raisons résident dans la faiblesse des moyens consacrés au développement du secteur, la discontinuité des efforts déployés et la non-conformité des politiques aux besoins réels des producteurs. Aussi, pour la période 2020-203, le PREPOC, pour relever les défis de la stabilisation de l’économie et de la relance de la croissance, prévoit de consacrer au secteur agricole, des moyens nécessaires pour d’une part, renverser la tendance au déclin de la production ; et d’autre part, permettre au secteur d’assurer pleinement sa fonction traditionnelle et primordiale de contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle12. En outre, pour permettre au secteur agricole d’être un vrai moteur de la croissance, des actions seront entreprises afin d’opérer une transformation de l’agriculture haïtienne. Cette transformation passera par (a) une modernisation de son appareil productif et des pratiques culturales, et (b) une promotion de l’entrepreneuriat agricole nécessaire pour une production accrue, en complément de l’agriculture familiale et de subsistance. De plus, en vue d’enregistrer des résultats rapides et tangibles dans le secteur, le Gouvernement va mieux structurer ses interventions et accompagnements du secteur et développer des politiques adaptées à chaque type de producteurs afin de mieux prendre en compte leurs besoins spécifiques.

Une agriculture plus moderne . La modernisation nécessite de rompre avec les pratiques culturales de faible productivité par l’adoption de moyens (intrants et matériaux) de production plus performants et technologies de pointe, y compris de l’économie numérique. Ce passage sera facilité par un appui de l’Etat notamment aux niveaux des (i) incitations fiscales sur les équipements agricoles, (ii) services publics de support à la production –recherche, vulgarisation, et règlementation, et (iii) promotion à l’utilisation des technologies d’avant-garde pas assez connues ou pratiquées, y compris l’utilisation des drones dans l’irrigation et la protection phytopathologique, etc.

Une agriculture plus marchande. Une telle agriculture est nécessaire pour dégager un surplus pour résorber l’excédent de demande due à l’augmentation de la population et au changement des habitudes alimentaires. Ceci implique de résoudre les problèmes d’accès et de logistique qui limitent les marchés de la production agricole et contribuent au taux élevé de pertes après récolte. En dehors de l’amélioration quantitative et qualitative du réseau de desserte routière en milieu rurale, l’Etat peut aider aussi en tant que client. En effet, selon une estimation effectuée en 2018 par STRATEGE, les institutions étatiques achètent annuellement pour un montant de près de 2 milliards de gourdes pour le riz, maïs et pois13. L’importance de cette clientèle institutionnelle, qui comprend les hôpitaux et les cantines scolaires, exige un approvisionnement conséquent et fiable du point de vue des quantités et la qualité des produits. Ainsi l’on pourrait envisager de contracter des entreprises individuelles, organisations professionnelles, usines de transformation, petites unités de transformation, et coopératives de production.

Une agriculture plus entrepreneuriale. En Haïti, les exploitations agricoles sont en grande partie de petite taille14. La quasi-totalité de ces petits exploitants exerce le métier d’agriculteur par pure tradition familiale, et n’ont reçu aucune formation formelle technique en la matière. Etant de surcroît analphabète pour la plupart d’entre eux, ces petits exploitants ont leurs chances limitées d’apprendre des méthodes de gestion plus rationnelle et entrepreneuriale de leurs exploitations. La transformation de l’agriculture nécessite l’émergence des nouveaux entrepreneurs agricoles, lesquels verraient l’agriculture non plus comme un genre de vie, mais comme un business lucratif. Ils devraient avoir les capacités d’utiliser les techniques culturales modernes, de maîtriser des mécanismes de marché et de présenter des dossiers bancables pour accéder au financement. Ces acteurs privés seront les éléments déclencheurs du processus de modernisation du secteur.

La transformation de l’agriculture haïtienne, concentrée sur la production végétale, passera aussi par une plus grande attention au sous-secteur des ressources halieutiques particulièrement et à l’élevage. En effet diversifier avec la pèche et l’aquaculture est bel et bien une des orientations stratégiques pour le secteur agricole promue dans le PSDH et reprise dans le PNIA (2016-2021) ainsi que dans la Politique de Développement Agricole 2010-2025. Pour un pays qui a 1535 km de côtes et un plateau continental de 5 000 km2, sans compter près de 20 000 ha de plans d’eau naturels et artificiels et environ 800 ha de plans d’eau temporaires qui se remplissent à la saison des pluies, la production halieutique est bien en deçà de ce potentiel. Booster cette production nécessite une meilleure gestion et une exploitation rationnelle des lacs et étangs, une dotation en équipement adéquat et moderne, y compris infrastructure de transformation et conservation ; il s’agira aussi de pallier à la faible disponibilité des intrants y compris les alevins pour l’aquaculture.

Aux fins de stabilisation de court terme et de positionnement de l’agriculture comme levier de croissance accélérée et de transformation structurelle pour l’émergence à l’horizon 2030, dix objectifs fondamentaux ont été assignés au secteur. Il s’agit de :

  • 1) Renforcer la capacité de production agricole et d’élevage des agriculteurs et entrepreneurs agricoles au niveau national ;
  • 2) Maintenir le flux des échanges des produits agricoles ;
  • 3) Accroître la disponibilité d’un certain nombre de produits alimentaires importés ;
  • 4) Agencer le développement de l’agriculture avec celui des autres secteurs, notamment le secteur touristique ;
  • 5) Appui au développement de l’agro-industrie
  • 6) Favoriser un cadre fiscal incitatif pour un certain nombre de filières dotées de fortes potentialités en minimisant les impacts sur les consommateurs ;
  • 7) Renforcer le mécanisme financier opérationnel existant pour assurer le financement des groupements d’opérateurs locaux impliqués dans la production, la collecte et la distribution des produits locaux ;
  • 8) Favoriser le développement de la formation professionnelle et technique et des corps de métiers en fonction des besoins du marché du travail dans les secteurs porteurs ;
  • 9) Renforcer le système de suivi-évaluation du secteur et le doter de statistiques agricoles fiables ;
  • 10) Investir dans l'amélioration de la connectivité avec les marchés afin de réduire le gaspillage alimentaire et donc la perte de revenus pour les agriculteurs.
  • Encadré 10 : Chambre de l’Agriculture en Haïti - Mécanisme de financement dédié garantissant les transactions
    Cet encadré reproduit la perspective de la Chambre de l’Agriculture en Haïti (CHAGHA) sur des besoins en mécanisme de financement pour le secteur.

    • a) Le mécanisme financier a pour but d’assurer la promotion de l’entrepreneuriat agricole et le développement de l’agro-industrie. Il fera intervenir des institutions financières et des acteurs locaux impliqués dans la production agricole et/ou dans la transformation des produits locaux.
    • b) Une ligne de crédit sera ouverte pour les acteurs locaux au niveau des institutions financières (banque d’état, FDI ou autres institutions financières privées) à un taux préférentiel pour faciliter l’accès au fonds de roulement ;
    • c) Un fonds de garantie et de développement agricole émargé au budget. Le paiement peut être assuré directement par le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) pour le compte des institutions concernées en vue de garantir la ponctualité du paiement aux fournisseurs pour crédibiliser le processus vis-à-vis des institutions financières.
    • d) Le fonds de garantie peut être géré par le FDI qui s’engage à payer les institutions financières dans les délais impartis si l’institution contractante est en défaut de paiement par rapport au fournisseur. La régularité au niveau des règlements aidera à maîtriser les prix de produits.
    • e) La circulaire 113 de la BRH représente un atout pour faciliter l’accès au financement des producteurs de base en assurant une large diffusion de celle-ci au niveau des zones de production et s’assurer de son application par les institutions financières de proximité ;
    • f) Assurance aux producteurs. Il est impératif de créer un programme d’assurance pour les producteurs leur permettant de protéger leur investissement et faciliter l’accumulation.
    Source : Stratégie de Relance de l’Agriculture et de l’Agro-Industrie (CHAGHA)

S’agissant de l’atteinte des objectifs globaux du secteur agricole, la stratégie adoptée est de mettre l’accent sur la production de biens de substitution à l’importation en vue de réduire la facture des importations, mais aussi d’exploiter les atouts pour élargir la gamme des produits exportables. Toutefois, la politique de substitution prendra non seulement la forme « d’augmenter l’offre disponible d’un certain nombre de produits importés », mais aussi celle « d’augmenter progressivement les droits de douane sur la plupart de ces produits » tout en minimisant l’impact que cela aurait à court-terme sur l’inflation et sans violation des engagements pris par le pays vis-à-vis de ses partenaires commerciaux à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Aussi, quand l’Etat doit agir sur la fiscalité, il doit nécessairement tenir compte de la potentialité de la filière concernée d’augmenter l’offre disponible assez rapidement. C’est en ce sens que le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), avant tout relèvement des droits de douane, aura à se concerter avec le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) et les entreprises industrielles du pays afin de jauger de leur capacité effective de production. Par ailleurs, s’agissant de l’augmentation de l’offre exportable, l’Etat doit accompagner les acteurs concernés dans le respect des normes phytosanitaires

L’identification des Programmes d’actions prioritaires pour la période 2020-2023 résulte d’un diagnostic du secteur agricole et de l’agro-industrie et répond aux critères de résultats rapides, création d’emplois, d’effets multiplicateurs considérables et de résilience aux chocs. Ces critères d’arbitrage techniques éviteront que les actions aillent dans tous les sens mais permettront de cibler l’essentiel des actions à résultats rapides et tangibles, en tenant compte des contraintes de financement auxquelles le pays fait face. Ainsi, ont été retenus les programmes d’actions suivants :

  • 1) La mise en état urgente des systèmes d’irrigation situés au niveau des plaines agricoles, construction, réhabilitation, mise en valeur des lacs collinaires, et dotation en pompes solaires dans différentes régions du pays.
  • 2) L’appui ciblé aux producteurs et entrepreneurs agricoles (donation/subvention en semences et fertilisants, appui au labourage, accès au crédit, services de contrôle sanitaires, services d’appui et d’information agricoles).
  • 3) L’installation et la mise en production d’une centaine de serres agricoles au niveau national.
  • 4) La Promotion de l’agriculture urbaine (jardins potagers, préparation de compost, etc.).

Pour les opérations du secteur agricole, les deux principales sources de financement demeurent l’Etat et les Partenaires Techniques et Financiers (PTF). D’autres sources émanant du secteur privé ou de partenariats public-privé sont possibles, mais prendraient du temps à être actionnées pour des opérations spécifiques, si cet outil de mobilisation des fonds n’est pas déjà en place. Dans d’autres cas, l’Etat peut réaliser des opérations en régie, comme pour les semences améliorées. Il peut aussi mettre en place des fonds de garantie.

Pour ce qui est des quatre programmes d’actions prioritaires, le financement se fera à partir des fonds déjà disponibles pré-identifiés auprès du Trésor Public et des PTF. Le coût total des programmes est estimé à 24 milliards de gourdes sur les trois (3) prochaines années. Un peu plus de la moitié de ce total, soit 52%, sera financé avec des ressources pré-identifiées auprès du Trésor et des PTF ; les 11.5 milliards de gourdes restant constituent des besoins de financement à rechercher. Au niveau des fonds disponibles, deux cas peuvent se présenter :

  • a.    Là où le programme prioritaire est aligné avec les objectifs d’un projet/source de financement, il faudra accélérer le rythme de décaissement ;
  • b.    Là où le programme prioritaire n’est pas explicitement aligné mais est en cohérence avec l’objectif de général de développement visé par le projet/source de financement, il faudra alors procéder à des réallocations de lignes budgétaires.

Des fonds additionnels peuvent être aussi dégagés à la suite de revues sectorielles en vue d’une restructuration du portefeuille de projets existants afin de répondre aux priorités du PREPOC. Le total des soldes disponibles pour les opérations en cours est si important qu’il peut n’y avoir pas besoin de faire appel à de nouveaux fonds. Par exemple, le solde non décaissé pour tout le portefeuille des projets en cours financés par la Banque mondiale s’élevait à près de 560 millions USD (en août 2020), dont 30 millions USD pour les projets à caractère agricole. Les revues sectorielles offriront l’occasion, de concert avec les principales parties prenantes, y compris tous les PTF de la Table Sectorielle Agriculture, de revenir sur les objectifs et priorités d’investissement initiaux pour leur cohérence et complémentarité avec les projets en cours et besoins nouveaux identifiés dans le PREPOC15. Les PTF, bilatéraux comme multilatéraux, ont montré leurs flexibilités face aux situations d’urgence passées.

Les indicateurs retenus pour le suivi-évaluation de la performance dans le secteur agricole sont ceux en rapport avec la production des principales cultures vivrières, surtout celles en substitution aux importations, et des cultures à forte potentialités de recettes qui ne sont pas suffisamment exploitées.

LE SECTEUR MANUFACTURIER

Le secteur manufacturier est un employeur formel clé, doté de fort potentiel, mais peu diversifié. Cette section se limitera au sous-secteur du textile et de l’habillement qui constitue les productions majeures du secteur manufacturier. Des potentialités existent pour au moins une soixantaine de produits identifiés par une enquête réalisée par le MCI et qui peuvent faire l’objet de suivi, promotion et valorisation à plus grande échelle au niveau de la petite industrie et de l’artisanat. Selon l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), en 2017, ce secteur représente 41000 emplois et 900 millions de dollars d’exportations, bien loin devant celles des produits agricoles –voir Graphique ci- dessous.

Ce secteur a fait preuve d’une résilience à nulle autre pareille face à des évènements tels que les catastrophes naturelles et les troubles socio-politiques. Au cours de la récente crise découlant de la pandémie COVID-19, les usines se sont adaptées assez rapidement pour produire des Équipements de Protection Individuelle (EPI), y compris les masques et les produits d'hygiène, et elles ont la possibilité de réaffecter temporairement une partie de leurs ressources vers la production de ces équipements étant donné que la demande mondiale d’EPI augmente de façon exponentielle.

189. Le secteur haïtien du textile et de l’habillement pourrait également envisager de diversifier ses marchés d'exportation et de maximiser les opportunités commerciales avec les pays qui ont été les moins touchés par la pandémie COVID-19, notamment Taiwan. De plus, Haïti pourrait revisiter ses accords commerciaux pour identifier les opportunités de maximiser les échanges avec les pays auxquels les produits haïtiens ont déjà des accès préférentiels.

Toutefois, le secteur textile souffre de contraintes internes et structurelles qui menacent sa viabilité à long terme. Il s’agit notamment de l’instabilité politique, du manque de sécurité, de l’absence d’une stratégie nationale et sectorielle, de la dépendance excessive du marché américain et d’un accès limité à d’autres marchés.
Comme autres contraintes, on peut noter :

  • La concentration sur le marché américain où s’écoule l’essentiel des produits haïtiens et le peu d’intérêt accordé à d’autres places commerciales non moins intéressantes16 ;
  • Le coût élevé de certains facteurs de production ;
  • La déperdition des petits métiers liés à l’industrie textile-habillement en général et celui de la couture en particulier, sous l’effet dévastateur du commerce des vêtements usagés importés ;
  • La pénurie de cadres intermédiaires et de main-d’œuvre qualifiée ;
  • Le caractère extraverti de l’industrie textile-habillement qui a très peu de lien avec le reste de l’économie d’Haïti ;
  • L’absence d’activités inter-entreprises en sous-traitance privant le sous-secteur des liens indispensables à son intégration dans l’économie haïtienne ;
  • Les types d’articles assemblés dans le pays (t-shirts, sous-vêtements, uniformes, vêtements, costumes pour homme, pantalons et shorts, etc.) qui ne génèrent pas suffisamment de valeur ajoutée ;
  • Le manque de formation de la main d’œuvre, limitant, à court et à moyen terme, les possibilités en matière de production.

Dans le contexte actuel encore fortement impacté par la pandémie de COVID-19 et ses conséquences, les actions à court terme devront être focalisées sur la préservation et le renforcement de la résilience des entreprises du secteur textile et habillement. Ceci implique, par exemple, l’élimination des obstacles tarifaires et non tarifaires aux exportations des EPI, et la facilitation de l’accès aux informations de marchés. D’autres actions et reformes à court et moyen termes pourraient être envisagées au niveau des parcs industriels et zones économiques spéciales et de la facilitation de la conduite des affaires. Quelques-unes sont suggérées plus bas, dont une enquête auprès des entreprises surtout celles affectées par la pandémie pour identifier plus spécifiquement leurs défis et attentes à porter à la connaissance des pouvoirs publics afin que ceux-ci y apportent des solutions pertinentes et ciblées.

Pour que le développement du secteur textile s’inscrive davantage dans la vision du PREPOC et du PSDH, il faudra envisager qu’il soit moins une enclave et moins extraverti afin qu’il ait plus d’effets multiplicateurs pour l’économie domestique. Il faudra qu’il soit plus intégré et qu’il apporte davantage de valeur ajoutée. Pour cela sa contribution ne devra pas seulement se limiter à la seule couture mécanique des vêtements ; elle devra aussi être présente à d’autres échelons de la chaîne de valeur, par exemple dans la conception des fiches techniques, dessins, marqueurs, et patrons du vêtement, lesquels sont tous fournis par le client externe. Le secteur pourra aussi se procurer la matière première locale pour les produits de base locaux. Cela peut paraître une aberration que l’évolution de l’industrie textile en tant que pourvoyeuse d’emplois et de devises n’ait pas entraîné une croissance de la production locale du coton --laquelle, après une ascension soutenue de 1968 (608 tons) à 1984 (3600 tons), a été en chute libre depuis lors atteignant (590 tons) en 2014.

La diversification dans ce secteur doit se faire aussi au niveau des métiers et de la palette de produits exportés. Les métiers du secteur ne devraient pas se limiter seulement à celui de l’habillement exercé par les ouvriers des entreprises textiles. Des métiers de couturiers et tailleurs qui existaient ou qui sont en voie de disparition et qu’il faut voir renaître et (re)valoriser. La créativité haïtienne presque naturelle en matière de l’art et l’artisanat pourrait être mise à contribution pour que ce secteur apporte davantage de valeur ajoutée17. Au niveau de la composition des exportations, il faudra envisager davantage d’articles haut de gamme, lesquels pour le même coût de transport rapporterait bien plus que ceux exportés actuellement.

La gouvernance dans ce secteur, dans ses rapports patronat-ouvriers d’une part et patronat- État d’autre part, devra être revue pour que l’industrie textile joue davantage son rôle moteur attendu en tant que secteur prioritaire pour l’accélération de la croissance. Il est clair que ce sont le coût relativement bas de la main d’œuvre et la proximité du débouché principalement américain qui rendent Haïti compétitive comparativement à d’autres pays fournisseurs. Les revendications de hausse des salaires alors ne sont pas aisées, quand la délocalisation hors d’Haïti est perçue comme un risque, si elle n’est présentée comme une menace ; d’où le niveau de salaires relativement bas et maintenus tels aussi par la situation de facto de quasi-monopsone dont jouit le patronat du textile sur le marché du travail dans le secteur. Un « juste » niveau de salaire qui garantisse des conditions de vie meilleure aux travailleurs du secteur et qui n’incite pas les clients-propriétaires à la délocalisation hors d’Haïti devra être recherché. Dans ses rapports avec le patronat du textile, l’Etat devra s’assurer que ce secteur s’inscrive bien dans la vision du PREPOC qui veut que l’industrie textile (premier employeur formel du privé et deuxième du pays après le secteur public) joue le rôle moteur attendu en tant que secteur prioritaire pour l’accélération de la croissance. Poser les jalons pour ce rôle passe, entre autres

  • (i) par une application de lois pour assainir les rapports intra-sectoriel et entre l’Etat et le patronat du secteur ;
  • (ii) s’assurer que le secteur utilise davantage d’intrants locaux, en dehors de la main d’œuvre ce qui contribuerait à relever la production du coton haïtien ;
  • (iii) promouvoir les métiers liés au textile autrement en disparition.

  • Renforcer la résilience des opérateurs dans l’environnement post-Covid-19
  • Améliorer les services et infrastructures des parcs industriels et zones économiques spéciales
  • Améliorer et assainir le cadre réglementaire pour la conduite des affaires
  • Encourager la diversification de la production et des marchés dans le secteur du textile et de l’habillement ;
  • Identifier des créneaux de marchés niches qui puissent permettre d’éviter la concurrence avec les pays asiatiques adeptes de gros volumes à faible valeur ;
  • Etudier la possibilité d’appliquer la loi 3x8 pour le secteur de la sous-traitance ;

  • 1) Rétention des investissements en cherchant de nouveaux marchés pour les EPI ;
  • 2) Promouvoir Haïti en tant que destination de délocalisation de proximité préférée ;
  • 3) Faire la promotion des espaces qui sont disponibles pour la construction de nouvelles usines ;
  • 4) Engager des investisseurs en infrastructure pour encourager les investissements dans les infrastructures pour de nouvelles zones industrielles avec services complets, y compris la production d’électricité (incluant celle renouvelable), la gestion des déchets et de l’eau.

En dehors du sous-secteur du textile et habillement, des actions pourraient être entreprises dans d’autres domaines du secteur manufacturier qui recèlent des potentialités encore sous- exploitées. Il s’agit notamment de la transformation de produits locaux par l’agro-industrie, résultats de l’enquête du MCI contenu dans le tableau ci-dessous.

En dehors du Trésor Public, des PTF seront sollicités pour contribuer au financement des quatre programmes d’actions prioritaires présentés ci-dessus. Il s’agit notamment de l’IFC du Groupe de la Banque mondiale à travers une assistance technique (déjà en cours) pour 1) la rétention des investissements en cherchant de nouveaux marchés pour les EPI, et 2) la promotion de nouveaux espaces pour la construction de nouvelles usines. Un appui de la BID au niveau du CFI est prévu.

LA DYNAMISATION DU SECTEUR DE LA CONSTRUCTION

Le secteur de la construction en Haïti est confronté à de sérieux défis dont celui de l’important déficit de logements, très visible tant au niveau quantitatif que qualitatif et qui a été exacerbé par les conséquences désastreuses du séisme du 12 janvier 2010.

Au niveau quantitatif, selon les estimations faites par l’Unité de construction et de Bâtiments Publics (UCLBP), le pays besoin de 500 000 nouveaux logements pour la période 2013-202318. Ce déficit quantitatif est particulièrement plus marqué, et sa gestion plus complexe, en zone urbaine, où la pression démographique est très forte et les statuts d’occupation plus précaires, qu’en milieu rural, avec une prédominance du statut locatif. En effet avec la croissance démographique galopante relativement aux capacités d’accueil et aux besoins nouveaux, le déficit global projeté pour l’horizon 2030 se chiffrerait, selon les sources, à environ 3 millions19 ou autour de 3,5 millions 20.

Au niveau qualitatif, le déficit est tout aussi notoire, avec seulement un logement sur dix jugés décents. En effet une étude réalisée par l'Institut Haïtien de Statistiques et d'Informatiques (IHSI) en 2015 révèle que seulement environ 11% (soit 10.78% du stock enquêté) des logements pourraient être classés décents. Cette situation est en partie le fait d’une prolifération de très petites entreprises parfois unipersonnelles, informelles, et relevant plutôt de l’artisanat dont il n’est pas sûr qu’elles respectent les normes de construction, un besoin plus que nécessaire après le séisme de 2010..

Les plus grandes entreprises de construction quant à elles sont confrontées à d’autres défis liés à un environnement peu incitatif qui les fragilise et les rend peu compétitives. Parmi les défis auxquels ces entreprises sont confrontées, il faut citer : (i) les difficultés d’accès au crédit bancaire, (ii) la concurrence des entreprises internationales bénéficiant de conditions plus favorables de garantie, et (iii) l’accumulation des dettes de l’Etat envers elles21. Il faut noter aussi, le nombre limité d’ouvriers et techniciens ayant la formation professionnelle appropriée et adaptée aux nouvelles exigences rendues nécessaires après le séisme de 2010, et le risque pour ces entreprises locales de construction de ne pouvoir retenir leurs cadres ingénieurs bien formés.

Outre l’environnement règlementaire et la gouvernance du foncier, d’autres défis liés au marché plombent le développement du sous-secteur de l’immobilier, entrainant une offre formelle de logement très restreinte. Il s’agit notamment de la faiblesse de la demande solvable du logement, la forte fluctuation des coûts du logement et de l’instabilité du taux de change. Il faut noter aussi que la promotion immobilière formelle en tant que telle est structurée autour de projets plutôt que par filière thématique (logement, bureaux, commerce, etc.), du fait de l’étroitesse des marchés ; elle est une modalité de diversification des investissements des grands agents économiques du commerce du secteur bancaire et de l’industrie (y compris la construction). Le marché principal de la promotion immobilière est la région métropolitaine de Port-au-Prince, et notamment ses zones les plus aisées (Pétion-ville et Delmas, par exemple), même si certaines villes et province comme le Cap Haïtien interviennent activement dans certains segments de la construction tel que l’hôtelier. Les investissements ciblent rarement la clientèle de la classe moyenne (et à fortiori modeste), qui présente moins d’intérêt financier, ou relativement plus risqué, pour les acteurs de l’immobilier.

Cependant, les Bâtiments et Travaux Publics (BTP), portés par la construction de logements, d’aménagement et d’infrastructures, ont été la branche d’activités économiques la plus dynamique depuis le tremblement de terre de 2010. Avec un poids moyen de 7% dans le PIB, le secteur a connu une croissance annuelle soutenue entre 2005 et 2018, perturbée seulement par le séisme de 2010. Il a cru à un taux moyen de 13.1% sur la période 2012 – 2015, puis 9.3% entre 2016 et 2018.



Dans un contexte de contraintes de ressources, l’Etat devra supporter l’immobilier en favorisant des initiatives privées de construction de logement pour la classe moyenne et les populations à faible pouvoir d'achat afin de leur faciliter l’accès à un logement de qualité à un coût abordable. En effet, les besoins sont évalués à environ 50,000 nouveaux logements par an (nouveaux ménages, IHSI) mais l’offre formelle reste en dessous de 4000, ce qui laisse le champ à la prolifération d’habitats précaires et informels.

  • (1) Intensifier la gouvernance du secteur de l’immobilier ;
  • (2) Renforcer les normes de construction multirisques ;
  • (3) Définir une politique de logements sociaux (secteurs sous-traitance, employés de la fonction publique) ;
  • (4) Accès au crédit immobilier à travers d'autres structures que les banques, notamment les coopératives ;
  • (5) Réviser les conditions d'octroi du crédit hypothécaire (obligation de faire un apport de 30% pour l'acquisition d'une maison ou avoir un terrain pour la construction)
  • (6) Revoir le plan d'urbanisation de la Capitale et des grandes villes de province.
  • (7) Revoir la politique du logement en milieu rural ;
  • (8) Avoir un système de protection pour les propriétaires de biens immobiliers.

  • (1) Intensifier le programme de financement de la construction du premier logement par la BRH ;
  • (2) Encourager les programmes de « KAY PAM » de la BNC, « MA MAISON » de la BUH ;
  • (3) Encourager l’intégration des coordonnées géospatiales dans les documents d’arpentage des notaires pour faciliter la localisation des terrains ;
  • (4) Adopter un projet pilote dans sept (7) juridictions du pays pour la Numérisation des enregistrements des notaires.

Projets prioritaires à mettre en œuvre au cours de ces trois années (2020-2023). Ces projets prioritaires figurant dans le tableau suivant ont été sélectionnés pour deux raisons principales. Ils vont non seulement contribuer à la création d'emplois de manière rapide mais aussi peuvent donner le signal clair de la volonté du gouvernement d'inscrire le secteur de l'immobilier, parmi ceux capables de relancer l'économie.

La stratégie de financement devra permettre de créer un environnement propice aux investissements dans le secteur. Dans cette perspective, il s’agit :

  • i) d’offrir et de mettre en application des mesures incitatives pour permettre à des promoteurs immobiliers de produire du logement et de l’habitat, et
  • ii) de renforcer le crédit alloué au secteur du logement et de la construction,
  • iii) de rechercher de nouvelles sources de financement et de mettre en place des fonds de garantie aux bénéfices des institutions financières intéressés à financer le logement.

Le Secteur de la construction. Pour la mise en œuvre du programme de construction, les projets seront exécutés selon trois phases par les institutions qui assureront la maîtrise d’ouvrage ou la maîtrise d’ouvrage délégué à savoir:

i) Une phase de planification avec la réalisation des études (études d’aménagement, études géotechniques, études environnementales, études architecturales etc.,
ii) une phase de réalisation avec la préparation et le lancement des appels d’offres pour la sélection des entreprises et
iii) une phase d’exécution des travaux proprement dite.

Chaque projet devra disposer d’un cadre logique. Pour le pilotage des projets qui ont été identifiés, étant donné que plusieurs acteurs institutionnels et privées seront impliqués, un Comité de Pilotage (COPIL) sera mis en place pour la gouvernance stratégique. Des Partenariats Publics Privés (PPP), pourront au besoin être envisagés et mis en place afin de pallier au manque de moyens de l'Etat haïtien pour mettre en place des programmes ambitieux de construction de logements sociaux, En résumé, la mise en œuvre pourrait se décliner de la façon qui suit :
o L’organisation de la demande ;
o La conception du projet ;
o La mise en œuvre par un maître d’ouvrage ou maitre d’ouvrage délégué ;
o L’accompagnement et consolidation du nouveau voisinage.

LE TOURISME ET LA VALORISATION DES PRODUITS ARTISANAUX ET CULTURELS

Jusqu’à très récemment, les statistiques ont montré qu’un flux important de visiteurs ont fréquenté Haïti, en dépit du fait que le pays n’a pas assez mis en valeur son patrimoine naturel, par rapport à la région du fait de la cherté de la destination Haïti résulte en partie des taxes sur les billets d’avion qui sont plus élevés que tout autre pays de la Caraïbe ; ainsi que des congestions et insécurité sur les axes routiers rendant encore plus compliquée la circulation des touristes sur le territoire. A ces contraintes, il faut ajouter :

  • 1. Les aéroports internationaux peu accueillants ;
  • 2. L’insécurité des investissements ;
  • 3. L’insalubrité et la cosmétique ;
  • 4. La décapitalisation des entreprises touristiques, aggravée par le passage en octobre 2016 du Cyclone Matthew –surtout pour les opérateurs du département du Sud ;
  • 5. La détérioration de l’image du pays –exacerbée par les évènements de « peyi lòk » et qui ont entraîné des annulations assez importantes de voyage d’individu et de groupes ;
  • 6. La non-intégration du tourisme dans les autres secteurs d’activité.


Le secteur touristique est mis à rude épreuve par la COVID-19. Le choc se fait sentir dans tous les sous-secteurs et les secteurs connexes à l’industrie qui subissent les conséquences de la fermeture des frontières et du confinement. Cette situation a mis bien à mal de nombreux acquis dans les sous-secteurs de la croisière, du transport, de l’hébergement, de la restauration et de l’événementiel qui ont sombré en même temps que le trafic aérien. Cette conjoncture d’exception a engendré le tarissement des principales sources de revenus des entreprises du secteur et provoque des pertes considérables pour les opérateurs et d’importantes mises à pied de personnels. Le contexte qu’elle crée dresse pour tous les intervenants de l’écosystème touristique du pays de nombreux défis susceptibles d’exercer une influence majeure sur l’avenir du secteur.

Le tourisme peut, cependant, donner une impulsion au développement en Haïti, en raison des divers atouts dont il dispose. Les dépenses de touristes constituent d’importantes rentrées de devises étrangères au même titre que les exportations de marchandises. À cet effet, le tourisme est un secteur reconnu dans les politiques nationales de croissance économique, de gestion de la balance des paiements, du taux de change et de l’exportation.
De tous les pays de la Région des Caraïbes, Haïti fait partie de ceux qui profitent le moins du tourisme alors qu’elle dispose des potentialités énormes et a même des avantages concurrentiels en matière de sites touristiques et de patrimoines culturels. Dans ce contexte, le riche héritage historique du pays fait du tourisme culturel une option à exploiter. Les experts sont unanimes à reconnaître que l'industrie du tourisme mettra plus de temps à se rétablir par rapport aux autres industries étant donné historique et culturel. En effet, en 2019, on dénombrait près d’un million d’arrivées de visiteurs, soit 938 288 repartis entre touristes et excursionnistes, ce qui a généré environ 376 000 emplois dans les secteurs associés au tourisme, toujours en 2019. Ces travailleurs du secteur ont gagné environ 16.7 millions de dollars américains et les recettes touristiques représentent 184.8 Millions de dollars américains, soit environ 15 % des exportations totales.
Toutefois, l’Industrie touristique haïtienne fait face à un certain nombre de difficultés qui méritent que les touristes ne décideront de voyager que lorsqu’il y aura plus de certitude en ce qui concerne les mesures sanitaires. Par conséquent, le secteur du tourisme devrait se concentrer sur la promotion du tourisme local à court terme, en particulier les destinations qui sont déjà accessibles et connues de la population. En outre, du fait que les efforts d’amélioration de l’environnement national seront progressifs, il faut aussi miser sur le développement du tourisme de croisière et la promotion pour attirer la diaspora haïtienne.

Le PSDH inscrit le développement du tourisme comme un des piliers de la refondation économique, assignant au secteur des objectifs spécifiques pour :

  • le développement du tourisme balnéaire,
  • (ii) le développement d’un réseau d’écotourisme, d’ethnotourisme et de tourisme d’aventure,
  • (iii) le développement de la navigation de plaisance, et
  • (iv) le développement du secteur des croisières.
A cet effet, le Gouvernement s’était fixé de :
  • 1) Renforcer la base d’attraction des touristes internationaux, notamment les croisiéristes et la diaspora haïtienne en misant sur la promotion des sites et monuments historiques ;
  • 2) Encourager les initiatives visant à promouvoir le tourisme local ;
  • 3) Promouvoir la valorisation des produits artisanaux et culturels.

Considérant le fait que le tourisme peut être une source pérenne d’entrée de devises importante pour Haïti, à l’instar des autres pays des Caraïbes, et étant donné que la mise en œuvre du PREPOC se fera dans une période fortement marquée par la COVID-19, le Gouvernement devra s’engager au cours des deux (2) prochaines années à garantir la survie des entreprises et initiatives du secteur et poser les bases pour préparer une relance forte et soutenue après la pandémie.

Pour redynamiser le secteur et le rendre viable et compétitif, l’offre touristique mérite d’être développée, soutenue et retravaillée. Fort de tout ceci le Ministère du Tourisme croit nécessaire de mettre en œuvre, en urgence, un plan d’actions global en vue de la bonne conduite des activités par les opérateurs du secteur et la mise en confiance de leur clientèle, en particulier celle composée de visiteurs de la diaspora. L’effet escompté est de permettre aux entreprises touristiques de bénéficier des retombées de certaines activités culturelles de grande envergure, telles le carnaval et les grands rendez- vous saisonniers liés à la saison estivale, aux fêtes champêtres et aux fêtes de fin d’année. Durant ces périodes, l’augmentation des flux de visiteurs de la diaspora haïtienne se traduit par des retombées économiques importantes pour le secteur. Il est fort probable que l’affluence pour ces grands événements de déplacement soit fortement réduite du fait de la pandémie de COVID-19, sans compter qu’il ne serait pas souhaitable de les promouvoir du fait du risque de propagation accrue. Il serait plus réaliste et responsable de substituer avec des activités touristiques multiples et variées mais de moindre attroupement, tout en visant les mêmes retombées que celles susceptibles d’être générées par les grands rendez-vous traditionnels.

Pour la période du PREPOC, les interventions dans le secteur du tourisme se feront dans sept principaux axes d’intervention. Il s’agit de (i) renforcer les capacités des acteurs et des opérateurs du secteur, (ii) accroître la notoriété de la destination Haïti sur les principaux marchés émetteurs, (iii) renforcer le cadre sanitaire et réviser le cadre réglementaire, (iv) appuyer les métiers du tourisme et de l’hôtellerie, (v) mettre en place une stratégie de financement du développement du tourisme et attirer des investissements dans le secteur touristique, (vi) appuyer le développement du tourisme interne, et (vii) développer le secteur du tourisme des croisières.

Les actions à entreprendre, dont certaines relevant de secteurs autres que celui du Tourisme, mais qui conditionnent sa contribution aux objectifs du PREPOC, classées par axes d’interventions, sont inscrites dans le tableau ci-dessous.
Pour adresser l’urgence de la survie du secteur pendant la période du PREPOC et aussi répondre aux critères énoncés plus haut, les actions et projets à retenir sous les sept axes devront contribuer à :

  • i) sauver les emplois et les entreprises du secteur,
  • ii) augmenter les dépenses touristiques nationales, et
  • iii) développer des produits et des expériences touristiques résilients.
D’autres actions pourraient être entreprises pendant la période du PREPOC en attendant la reprise de l’industrie touristique. Celles-ci concerneront notamment
  • (i) la promotion et la communication des protocoles de sécurité sanitaire pour les clients et opérateurs du secteur ;
  • (ii) le recyclage des travailleurs et
  • (iii) la fourniture d’une assistance technique pour l’adoption des nouvelles technologies numériques.

Le succès de cette stratégie passe par la mobilisation de tous les acteurs impliqués dans la chaîne de valeur touristique en Haïti, et bénéficiant du support des PTF pour constituer le Fonds d’Appui au Secteur Touristique (FAST) en vue de venir en aide aux entreprises en difficulté opérant dans l’industrie touristique. Au rang de ces partenaires financiers, on compte solliciter la participation des bailleurs de fonds internationaux tels que la Banque Interaméricaine de Développement (BID), la Banque Mondiale (BM), la Banque Caribéenne de Développement (BCD), la coopération taïwanaise et d’autres partenaires de la coopération bilatérale. Au niveau national, le ministère du Tourisme travaillera avec le secteur privé des affaires et la BRH, le FDI, la BNC, le MEF et le MPCE, en vue de mobiliser les fonds nécessaires pour venir en aide aux entreprises en difficultés et réaliser les travaux d’infrastructures indispensables à mettre en place dans les pôles de développement touristique en synergie avec les autres secteurs prioritaires du PREPOC.
La BID a lancé l’initiative Beyond Tourism Challenge qui cherche à revitaliser les secteurs touristiques des Caraïbes à travers des solutions novatrices et transformatrices. Pour Haïti, deux projets présélectionnés attendent confirmation et sélection finale après leurs évaluations. Même relativement de très petite taille (moins de 1 million d'USD), ces projets auront en cas de succès un effet de démonstration, peuvent être « scaled-up », ou inspirer des opérations de plus grandes envergures.
Le coût total des programmes d’actions du secteur Tourisme s’élève à 13, 806, 000,000.00 gourdes. Ces actions sont financées à 16,0% par le Trésor Public ; 42,5% par la BID et 41,8% par l’IDA.

LA DYNAMISATION DE L’ECONOMIE NUMERIQUE

Le secteur des TIC en Haïti, comme toutes les autres avenues de l’économie haïtienne souffre des crises à répétition que connaît le pays.
L’Étude Diagnostique sur l’Intégration du Commerce (EDIC) axée sur les industries d'exportation et réalisée par le Ministère du Commerce et de l’Industrie avec l’aide de la Banque Mondiale a reconnu le secteur des TIC, parmi d’autres, comme porteur et une priorité pour Haïti. La lenteur et l’inefficacité du processus de décision au sein du secteur public rend toute stratégie obsolète avant même qu’elle n’ait commencé à être mise en place.
L’économie numérique, grand pourvoyeur d’emplois notamment pour les jeunes, prend en compte les activités du secteur des technologies de l’information et de la communication. Elle comprend trois (3) types d’activités spécifiques : (i) la production de matériels informatiques et d’infrastructures de télécommunication (Téléphones, ordinateurs, internet) ; (ii) la fourniture de services technologiques et l'utilisation de plateformes digitales (Cloud computing, IOT, AI, Blockchain) ; et (iii) la production digitale (Applications et Systèmes).
En dépit des insuffisances infrastructurelles, les télécommunications sont globalement en expansion en Haïti avec un taux de pénétration de 55 % du territoire et une couverture nationale de plus de 90 % pour les services de télécommunication de base. Le secteur des TIC doit en partie son expansion au segment de la téléphonie mobile qui s’est révélé jusqu’ici assez dynamique, même si le nombre d’abonnés (60 pour 100 habitants) est resté très en deçà de la moyenne des pays de l'Amérique latine et des Caraïbes (106 pour 100 habitants). C’est à peu près la même situation, toute proportion respectée, en ce qui concerne l’Internet pour lequel le nombre d’utilisateurs (8,5% de la population) accuse une tendance à la hausse mais demeure relativement faible comparé à la moyenne des autres pays de la région. Selon l’association des opérateurs de téléphones mobiles, ce segment particulier du secteur des TIC contribuerait pour le moment à hauteur de 3,8 % du produit intérieur brut (PIB) avec la possibilité d’atteindre les 5,8 % lorsque le potentiel des chaînes de valeur des produits liés aux TIC et des services facilités par ces derniers sera pleinement exploité (CIR).

Dans un contexte de Pandémie COVID-19, le développement de l’économie numérique s’avère capital pour faciliter les formations à distance. Toutefois, la disponibilité du courant électrique est la principale contrainte qui limite l’expansion du secteur. Comme autres contraintes, on peut ajouter : (i) le coût élevé du crédit ; (ii) et l’absence d’une politique de renforcement du secteur. Il faut aussi noter :

  • 1) Absence d’un cadre légal apte à dynamiser le secteur (la loi actuelle est quasiment obsolète) ;
  • 2) Manque d’infrastructure (Énergie électrique et prix de la bande passante Internet peu abordable) ; nationale
  • 3) Manque de laboratoire pour les recherches dans les domaines suivants :
  • • Analytique (Data Science et Big data) ;
  • • Intelligence Artificielle ;
  • • Objets connectés ;
  • • Cloud computing ;
  • • Réalité Virtuelle et Réalité Augmentée ;
  • • Blockchain et cryptomonnaie.

Pour relever les principaux défis, définir les objectifs et coordonner les initiatives pour faire de l’économie numérique un moteur de développement de manière plus structurée et soutenue, il est nécessaire d’élaborer un plan stratégique global, incluant un Plan National pour le Haut Débit. Une avancée dans ce sens a été entamée avec le Projet d’Accélération Numérique financé par la Banque mondiale, dont la mise œuvre sera assurée par une unité centrale d’exécution de projets au sein du Ministère des Travaux Publics, Transport et Communications23. Les objectifs de développement de ce projet sont d'étendre l'accès, d'accroître la qualité et de réduire le coût de l'internet à haut débit et des services numériques, et de jeter les bases d'un environnement propice à l'adoption des technologies numériques. Le but ultime du projet est de soutenir le développement des villes et des régions en retard, en créant des emplois pour les jeunes et en augmentant la compétitivité de l'économie. Opérationnellement, le projet vise à :

  • 4) Créer un cadre favorable au développement de l’industrie du BPO ;
  • 5) Adopter une politique nationale de développement des TIC ;
  • 6) Assurer une transition des fonctions et des solutions gouvernementales pour intégrer davantage de solutions numériques ;
  • 7) Adopter une politique de formation professionnelle rapide et de haut niveau (de type “BootCamp”) dans les domaines du TIC ciblées dans le diagnostic.

Sachant que les réseaux à haut débit actuels couvrent environ 80% du territoire (en 3 G et plus) et que les opérateurs ont un accès direct à la connectivité internationale via 2 câbles sous-marins et indirectement via des dorsales terrestres vers la République dominicaine et 3 autres câbles sous-marins,

8) Manque de laboratoire pour les recherches dans les domaines suivants :

  • ▪ Analytique (Data Science et Big data) ;
  • ▪ Intelligence Artificielle ;
  • ▪ Objets connectés ;
  • ▪ Cloud computing ;
  • ▪ Réalité Virtuelle et Réalité Augmentée ;
  • ▪ Blockchain et cryptomonnaie.

Pour relever les principaux défis, définir les objectifs et coordonner les initiatives pour faire de l’économie numérique un moteur de développement de manière plus structurée et soutenue, il est nécessaire d’élaborer un plan stratégique global, incluant un Plan National pour le Haut Débit. Une avancée dans ce sens a été entamée avec le Projet d’Accélération Numérique financé par la Banque mondiale, dont la mise œuvre sera assurée par une unité centrale d’exécution de projets au sein du Ministère des Travaux Publics, Transport et Communications23. Les objectifs de développement de ce projet sont d'étendre l'accès, d'accroître la qualité et de réduire le coût de l'internet à haut débit et des services numériques, et de jeter les bases d'un environnement propice à l'adoption des technologies numériques. Le but ultime du projet est de soutenir le développement des villes et des régions en retard, en créant des emplois pour les jeunes et en augmentant la compétitivité de l'économie. Opérationnellement, le projet vise à :

  • 9) Créer un cadre favorable au développement de l’industrie du BPO ;
  • 10) Adopter une politique nationale de développement des TIC ;
  • 11) Assurer une transition des fonctions et des solutions gouvernementales pour intégrer davantage de solutions numériques ;
  • 12) Adopter une politique de formation professionnelle rapide et de haut niveau (de type “BootCamp”) dans les domaines du TIC ciblées dans le diagnostic.

Sachant que les réseaux à haut débit actuels couvrent environ 80% du territoire (en 3 G et plus) et que les opérateurs ont un accès direct à la connectivité internationale via 2 câbles sous-marins et indirectement via des dorsales terrestres vers la République dominicaine et 3 autres câbles sous-marins,le renforcement de l'infrastructure de transport par des câbles sous-marins ou terrestres (initialement prévu dans le cadre du projet) ne se justifie pas comme la première nécessité ou urgence pour le pays (via ce projet). Une nouvelle source de connectivité internationale serait très coûteuse sans garantir une réduction du prix de la bande passante.

La faiblesse des infrastructures de production et les défis de la compétitivité de l’économie sont notoires. La disponibilité et l’utilisation des infrastructures à large bande en Haïti sont limitées par plusieurs facteurs dont : des coûts d’exploitation élevés ; un environnement politique fragile ; des cadres juridiques et réglementaires obsolètes ; un accès limité à l’électricité et l’incapacité pour la plupart de la population à payer pour les services. La pénétration des services à large bande n’était que d’environ 35% de la population au premier trimestre 2020, contre une moyenne 78% pour la région Amérique Latine et Caraïbes. Cependant les couvertures des réseaux mobiles haut débit 3G et 4G sont respectivement d’environ 83% et 43% de la population ; un atout à exploiter pour l’extension de l’usage des services à large bande et le développement de l’économie numérique.
Le Projet d’Accélération Numérique veut adopter pour l’instant la meilleure méthode pour améliorer rapidement les conditions actuelles de connectivité haut débit, accès et usage et atteindre les objectifs permettant l’accélération numérique en Haïti. Le projet opte ainsi à :

    13) Répondre aux besoins prioritaires de connectivité à haut débit sur une période de 5 à 10 ans en finançant les coûts d’abonnement aux services ;
  • 14) Promouvoir toutes les solutions réglementaires pour réduire les OPEX et les tarifs des opérateurs (partage des infrastructures, stabilisation réglementaire) ;
  • 15) Veiller à ce que les conditions juridiques des appels d'offres pour l'acquisition de capacités incitent ou contraignent les opérateurs à investir dans l'extension ou la mise à niveau des réseaux afin d’une part de connecter tous les sites prioritaires à la technologie appropriée et d’autre part de répondre aux besoins des zones rurales avec des solutions abordables (WIFI).
  • 16) Apporter l'investissement principal (Composante 2 de 35 à 40 Millions USD) du projet qui devrait générer/stimuler un investissement supplémentaire financé par les opérateurs, de 18 à 34 M $ (environ 60%).
  • ¤ Méthodologie de sélection des sites d’investissements et critères d’éligibilité des investissements
    A partir de l’analyse du secteur et des besoins, les investissements viseront à desservir la plupart des grandes villes par les backbones des opérateurs (fibre optique faisceaux hertziens) en vue d’une amélioration de la pénétration des TIC. Les différents critères de sélection des sites prioritaires sont les suivants et répondent :
    • Aux objectifs du Projet d’encourager la digitalisation/numérisation de l’Administration, d’augmenter la connectivité haut débit de secteurs sociaux clés (santé et éducation) et de favoriser une extension de l’accès Broadband/Haut débit aux zones et populations mal ou non desservies ;
    • Aux conditions de géolocalisation suffisamment fiables pour permettre d’effectuer une étude technico économique de raccordement réaliste ;
    • Aux objectifs d’Universalisation du haut débit et répartition sur tout le territoire ;
    • À la disponibilité ou proximité d'alimentation électrique (coûts inclus dans l'étude financière).
    Pour répondre aux objectifs fixés, le projet comporte deux composantes essentielles : 1) L’aménagement d’un Environnement propice à l'infrastructure et aux services numériques, et 2) La facilitation de l’accès à une connectivité Haut Débit garantie.
    ¤ Composantes du projet – Axes prioritaires
    ✓ Composante 1 - Cadre réglementaire : Soutenir un environnement propice
    Ce volet comprendra l'examen et la mise à jour du cadre juridique, institutionnel et réglementaire du secteur de l'économie numérique, ainsi que le renforcement du cadre de cyber sécurité et le renforcement des capacités des acteurs du secteur public. Pour y parvenir la modernisation de l’environnement numérique, le projet cible les points suivants à résoudre :
    • • Renforcement de l’indépendance et des pouvoirs du régulateur ;,
    • • Ouverture du marché à la concurrence ;
    • • Création d’un cadre pour réguler les opérateurs dominants ;
    • • Ediction de règles favorables au partage d’infrastructures et aux usages numériques ;
    • • Besoin d’une stratégie de cybersécurité et de soutien pour la gouvernance des données ;
    • • Soutien au développement de la résilience numérique (ex plan, connectivité, formation) ;
    • • Instauration d’un Service Universel.
    ✓ Composante 2 - Services de connectivité internet à haut débit
    Ce volet financera l'amélioration et l'extension de la connectivité à haut débit pour cibler les bénéficiaires dans les principales villes côtières d'Haïti. L’étude préliminaire a permis d’identifier un certain nombre de sites de l’Administration Centrale et des secteurs de la santé et de l’éducation auxquels le Projet pourra apporter les ressources en connectivité haut débit correspondant à leurs besoins et ainsi encourager la digitalisation des services publics et sociaux.
    En croisant différentes sources d’information (Invest Haïti OSM) et après un certain nombre de vérifications, le projet a pu sélectionner et géolocaliser 1 688 sites prioritaires répartis comme suit :

    • o 119 sites de l’Administration Centrale
    • o 1 358 institutions de santé dont
    • o 156 hôpitaux, 663 centres de santé et 539 dispensaires
    • ▪ (768 institutions publiques et 590 institutions privées)
    • o 211 institutions d’éducation dont
    • o 34 universités, 99 lycées et 78 écoles d’enseignement professionnel
    • ▪ (115 institutions publiques et 96 institutions privées)
    Le projet a par ailleurs ajouté 155 hotspots WIFI destinés à être installés dans chacune des 140 communes et dans 15 marchés agricoles.
    Le nombre total de sites prioritaires à raccorder s’élève donc à 1 843 répartis sur l’ensemble du territoire dont 623 dans le Département de l’Ouest, 246 dans l’Artibonite, 197 dans la Région Nord, 173 dans la Région Sud et entre 59 dans les Nippes et 131 dans le Nord-Ouest et dans chacune des autres régions.
    La géolocalisation précise des sites est présentée sur la carte suivante. Trois scénarios de raccordement (Haut, Moyen, Bas) avaient été définis à des fins de calcul économique. Les scénarios « Moyen » et « Bas » prévoient respectivement le raccordement de 1 303 et 860 sites. Le scénario « Moyen » est le scénario privilégié.


    Environ 1 700 sites prioritaires ont été identifiés avec un degré de fiabilité acceptable. Ce sont principalement des sites de santé et d’éducation ainsi que de l’Administration Centrale.
    En complément, le projet prévoit de déployer 155 hotspots WIFI sur l’ensemble du territoire. Fondée sur l’hypothèse d’un “rayon d’attraction” de 2 km, le réseau de hotspots couvrira 6% du territoire et, selon leur localisation, de 30 à 35% de la population.
    Environ 86 des sites prioritaires identifiés sont couverts par les réseaux existants 1578 sur un total de 1843 sites), mais parfois par une technologie non adaptée à leurs besoins. Des extensions et/ou mises à niveau de réseaux sont donc envisagées pour pouvoir couvrir tous les sites prioritaires par des technologies adaptées à leurs besoins en connectivité (régularité, débit).

Les Programmes d’actions prioritaires pour la période 2020-2023 visent essentiellement à : Elaborer et mettre en œuvre des projets pilotes visant à

  • (i) inclure davantage de solutions numériques dans certaines fonctions et services gouvernementaux, y compris les paiements électroniques, comme précurseur pour la vulgarisation de ce mode de transaction auprès de la population et des entreprises, et de la population et des entreprises,
  • (ii) renforcer des capacités et les compétences numériques pour les employés du Gouvernement ;
  • 17) Développer une politique de facilitation de l’accès à l’énergie ;
  • 18) Faciliter le crédit aux entreprises du secteur pour l’acquisition de solutions énergétiques ;
  • 19) Améliorer la distribution du courant électrique ;
  • 20) Adopter et mettre en œuvre une politique publique en faveur des entreprises haïtiennes du secteur ;
  • 21) Encourager la participation des firmes haïtiennes dans les marchés publics pour les TIC. ;
  • 22) Accorder des crédits à des taux d’intérêt préférentiels ;
  • 23) Instituer un Fonds de garantie pour le secteur.

La pandémie de COVID-19 a relevé le manque de préparation du Gouvernement, des individus et des entreprises à opérer dans un monde virtuel, et mis en exergue la fracture numérique entre les connectés et les non-connectés. Malheureusement, il n’existe pas encore en Haïti une vision globale qui intègre le besoin d’une infrastructure plus résiliente, y compris une infrastructure et des services numériques nécessaires pour mieux répondre aux catastrophes (économiques, naturelle, changement climatique). Pourtant en Haïti, le développement du numérique peut avoir plusieurs avantages, entre autres, contribuer : (i) à la gestion des chocs et désastres ; et (ii) au renforcement de la résilience de l’économie. C’est dans ce contexte que le Projet d’Accélération Numérique vient à point nommé ; ce qui justifie le détail de sa présentation dans ce chapitre.

Le financement des activités et programme pour la dynamisation du secteur de l’économie numérique, sur la période 2021-2026, sera principalement dans le cadre du Projet d’Accélération Numérique financé par la Banque mondiale, à raison de 60 millions de dollars US. Le tableau suivant résume la répartition des fonds proposés entre les deux composantes techniques du projet. Les allocations affichées résultent d’une demande du Gouvernement en date du 13 février 2020 approuvée par la Banque en date du 7 avril 2020 (PPA No. V320).

Avance de Préparation du projet. Pour faciliter le démarrage des premières activités en attendant la mise en vigueur en janvier 2021, le projet bénéficie d’une avance de préparation d’un montant de 2, 000,000.00 dollars US.

Tableau 9 : Projet d’Accélération Numérique – Principales composantes et coûts
Description des Contrats Budget estimatif (Million USD) Budget estimatif 2020-2023

Composante 1 - Environnement propice à l'infrastructure et aux services numériques

Soutenir le développement d'un marché d'infrastructure et de services numériques compétitif

Stratégie d'économie numérique

Gouvernance des données et cybersécurité

Soutien de l'infrastructure numérique à la gestion des risques de catastrophe

Réglementations télécom et haut débit

  • 1 Stratégie nationale du haut débit et outils de réglementation (stratégie, analyse des lacunes en matière d'infrastructure, analyse de marché et réglementation)
  • 2 Qualité de service.
  • 3 Gestion des fréquences.
  • 4 Stratégie de partage d'infrastructure et modèle de coût.
Total sous-composante 1.1
6,000,000.00 4,000,000.00

    Renforcer les compétences et services numériques

  • Secteur public.
  • Campagnes de sensibilisation et formations publiques de masse.
  • Formations sur les applications de santé et les compétences numériques.
  • Formations sur les applications éducatives et les compétences numériques.
Total sous-composante 1.2
6,000,000.00 4,500,000.00

Composante 2 - Connectivité haut débit

Soutenir l'accès aux services haut débit aux principales institutions bénéficiaires du service public et au grand public

  • Achat de connectivité
  • Conseiller en transactions
  • Cabinet de suivi
Total sous-composante 2.1
34,000,000.00 21,800,000.00

Renforcement de la capacité des services de mise en réseau des principales institutions bénéficiaires du service public

Équipements et logiciels pour les institutions connectées

Total sous-composante 2.2
10,000,000.00 6,600,000.00

La responsabilité de mise en œuvre du projet est assurée par le Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC). L’Unité Centrale d’Exécution (UCE) du MTPTC aura la responsabilité de la gestion du projet, y compris la gestion fiduciaire et les sauvegardes environnementales et sociales. L’UCE sera responsable du rapportage envers la Banque mondiale sur la mise en œuvre du projet. L’UCE administre déjà plusieurs projets financés à partir de dons de la Banque mondiale et sera renforcée dans le cadre de la mise en œuvre du projet. Les collectivités territoriales (municipalité et CASEC) seront consultées tout au long de la mise en œuvre des activités.

Le CONATEL, régulateur du secteur des télécommunications apporte l’appui technique au projet. La Direction Générale du CONATEL participe à l’élaboration des termes de références des services et des spécifications techniques pour les marchés de travaux et de fournitures. Elle maintient la liaison avec la Direction des Communications du MTPTC directement concernées par le Projet et les autres partenaires de mise en œuvre (IHSI, Opérateurs, etc.). Elle assure, de concert avec l’UCE, le suivi technique du projet et participe également à l’élaboration des rapports de suivi.

Le cadre de suivi et d’évaluation du projet inclut deux éléments distincts. Le premier aura à faire le suivi des performances et des résultats de l’exécution du projet avec des audits annuels qui seront entrepris par l’UCE/MTPTC sur une base continue et s’appuyant aussi sur des indicateurs collectés par des organismes internationaux. Le second consiste à faire des évaluations et suivi périodiques du projet qui seront effectuées par des consultants indépendants spécialisés dans ce domaine.

Une solution durable pour la mise en œuvre et coordination des initiatives liées au développement du numérique, et garantir davantage la pérennité des acquis du projet au-delà de sa date de clôture en 2026, serait de considérer la transition de la responsabilité de sa mise en œuvre vers une structure entièrement dédiée au numérique département ministériel ou secrétariat d’état. Cette proposition est justifiée par les expériences et bonnes pratiques internationales en la matière. Les pays ayant « institutionnalisé » leur engagement à promouvoir l’économie numérique à travers une structure pérenne connaissent une plus forte évolution dans l’utilisation de l’internet, donc sont plus à même de tirer meilleur profit de la révolution digitale.

Encadré 11 : Stratégie de développement de l’économie numérique et cadres institutionnels de pilotage : expériences internationales et leçons pour Haïti Des départements ministériels dédiés au développement de l’économie numérique, ce qui a permis d’enregistrer des résultats rapides et probants. Le développement de l’économie numérique constitue un défi important pour l’ensemble des pays en développement à l’ère du numérique et de l’information. En fonction des stratégies adoptées, les progrès enregistrés différent. Dans nombre de pays qui ont enregistré des avancées rapides, le cadre gouvernemental a été réadapté à ces défis pour lui accorder une place de premier choix. Ainsi, dans certains pays, pour lever les handicaps et gérer leur ambition de faire du secteur numérique un moteur de croissance et développement de manière plus structurée et soutenue, les autorités y ont consacré tout un département ministériel. Dans ces pays, les structures dédiées ont la charge de promouvoir les TIC en tant qu’outils clés des programmes de transformation de ces pays dans les domaines de la création d’emplois, de la croissance économique, de la transparence et du renforcement de la gouvernance. Elles ont aussi servi à adresser les handicaps cités plus haut de façon plus proactive, afin d’obtenir les résultats attendus.

Ainsi avons-nous les exemples suivants :

  • Benin, le Ministère de l’Economie Numérique et de la Digitalisation (https://numerique.gouv.bj/) ;
  • Côte d’Ivoire, le Ministère de l’Economie Numérique et de la Poste (http://www.telecom.gouv.ci/-- )
  • Kenya, le Ministry of ICT, Innovation and Youth Affairs (https://ict.go.ke);
  • Nigeria, le Ministry of Communication and Digital Economy (https://www.commtech.gov.ng/the-ministry/about-the-ministry.html ) ;
  • Rwanda,le Ministry of ICT and Innovation ( https://www.minict.gov.rw );
  • Sénégal, le Ministère de l’Economie Numérique et des Télécommunications (http://www.numerique.gouv.sn) ;
  • Togo, le Ministère de l’Economie Numérique et de la Transformation Digitale (https://numerique.gouv.tg).

En Haïti, malgré la prise de conscience de l’importance de promouvoir l’économie numérique, ce secteur reste encore très timide et n’a pu favoriser l’éclosion et entretenir une économie du savoir, à la différence des pays qui y consacré des structures dédiées pérennes.

La plupart des pays ayant institutionnalisé à travers une structure dédiée, leur engagement à promouvoir l’économie numérique, connaissent une plus forte évolution dans l’utilisation de l’internet, donc sont plus à même de tirer meilleur profit de l’économie numérique. Ceci est très clairement visible dans les graphiques ci-dessous qui montrent Haïti avec un taux d’utilisation moins élevé que ceux des pays comparés, à l’exception du Nigéria ; ces pays ayant tous des départements ministériels dédiés au secteur numérique. Les comparaisons les plus remarquables sont celles entre Haïti et la Côte d’Ivoire d’une part et entre Haïti et le Rwanda d’autre part. En effet, en 2000, Haïti et la Côte d’Ivoire avait les mêmes taux d’utilisation d’internet, soit 0,231%, plus du double du taux d’utilisation d’internet au Rwanda (0,063%). En 2017, la Côte d’Ivoire et le Rwanda, affichent respectivement des taux d’utilisation d’internet de 43,8% et 21,7% soit respectivement 3,6 fois et 1,8 fois celui d’Haïti qui n’est que de 12,1%.
Sur une période de 8 ans (2000-2017), les pays de comparaison (Nigéria, Togo, Bénin, Kenya, Rwanda, Sénégal, Côte d’Ivoire) ayant institutionnalisé à travers une structure dédiée, leur engagement à promouvoir l’économie numérique, ont enregistré une progression moyenne de 1,2 point de pourcentage par an, contre 0,7 point de pourcentage en Haïti.


En côte d’Ivoire, en particulier, des progrès importants ont été réalisés entre 2012 et 2017, avec un accroissement moyen de 6,82 points de pourcentage par an, contre 0,55 en Haïti. Les importants résultats ont été possibles grâce aux investissements tant au plan des infrastructures de connexion (avec une augmentation très significative du linéaire de fibre optique et un objectif de 7000 km de connexion internet à haut débit), au plan de l’accessibilité (avec notamment le lancement d’un projet dénommé « un citoyen un ordinateur une connexion internet », qu’au plan règlementaire.
Sur ce dernier plan, le Gouvernement a opérationnalisé le cadre légal et réglementaire en adoptant plusieurs décrets d’application des lois relatives à : (i) la lutte contre la cybercriminalité ; (ii) les transactions électroniques ; (iii) la protection des données à caractère personnel ; et (iv) à la défiscalisation du matériel téléphonique et informatique. Pour ce qui est de la gouvernance électronique, il faut noter (i) l’octroi d’adresse de messagerie électronique professionnelle en « gouv.ci » à plus de 30 000 fonctionnaires ; (ii) la mise en ligne des portails pour accélérer et faciliter les démarches administratives les paiements de factures des services d’utilités publiques ; et (iii) la dématérialisation du conseil des ministres et des projets sectoriels tel que


Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, et calculs de l’auteur

Leçons pour Haïti. Haïti a les atouts pour tirer meilleur profit des TIC plus que les pays utilisés en comparaison avec notamment :

  • (i) une population relativement jeune, plus polyglotte (créole, français, anglais, et espagnol), et
  • (ii) sa proximité des USA pouvant favoriser le développement d’une sous- traitance dans le domaine des TIC, à l’instar de l’industrie secteur textile. Tous les exemples cités peuvent inspirer pour la création d’une structure dédiée à la gestion des objectifs de développement des TIC en Haïti, y compris la création d’un département ministériel à part entière ou un secrétariat d’état comme dans le cas du Kenya au sein d’un super-ministère en charge des TIC, de l’Innovation et de la Jeunesse 24. Ce Secrétariat aura la charge entre autres
    • (i) l’élaboration et mise en œuvre de la politique nationale des TIC et de l’innovation,
    • (ii) la promotion de la gouvernance électronique et de la politique d’automatisation des services gouvernementaux, et
  • (iii) le développement de la capacité et de l’infrastructure de communication nationales, y compris la gestion de l’infrastructure nationale de fibre optique. En Haïti, au lieu de faire partie de la mission d’une entité étatique pérenne, c’est dans le cadre d’un projet –celui financé par la Banque mondiale pour l’accélération numérique – que ces objectifs seront poursuivis de façon plus structurée et soutenue. Il est à craindre, par expérience en Haïti et ailleurs avec certains projets de développement en général, que ces nobles objectifs ne soient poursuivis après la période de mise en œuvre dudit projet (janvier 2021 – 2026), et que ses acquis ne soient pérennisés.


Le PREPOC fait de l’économie numérique à juste titre un secteur prioritaire pour la transformation et diversification de l’économie haïtienne afin de booster la croissance, et mettre le pays sur la voie de l’émergence visée pour 2030. Il est alors attendu que ce secteur soit soutenu et promu en synergie avec les autres secteurs prioritaires du PREPOC qui quant à eux bénéficient de structures pérennes.
Si ce n’est un ministère, un secrétariat d’état pourrait avoir la charge de la gestion des objectifs de développement de l’économie numérique en Haïti. Des études ont suffisamment démontré, en quantifiant, le caractère accélérateur de croissance et d’augmentation du revenu par tête de l’économie numérique, ce que le PREPOC vise à travers les secteurs prioritaires identifiés. L’ancrage institutionnel d’une telle structure pourrait être à un niveau central, Primature ou Ministère des Travaux Publics, ministère de l’Economie ou ministère du Commerce, selon l’angle de développement privilégié.
Les objectifs de développement du projet d’accélération numérique (qui sont d'étendre l'accès, d'accroître la qualité et de réduire le coût de l'internet à haut débit et des services numériques, et de jeter les bases d'un environnement propice à l'adoption des technologies numériques) et ses acquis (en matière de création d’emplois pour les jeunes et d’augmentation de la compétitivité de l’économie) pourront ainsi avoir plus de chance d’être pérennisés après les six années de la mise en œuvre dudit projet.